Lisbonne – Novembre 2005
En avant-propos : j’avais rencontré Philippe
quelques jours avant ce voyage réservé depuis longtemps. Je viens de retrouver
ce journal de voyage.
02 novembre 2005 :
Demain Lisbonne.
Sans doute le départ le moins préparé de ma vie.
Philippe dans ma tête. Envie de voir Lisbonne. Mais une
semaine sans lui.
Il pense à moi (il me l’a écrit par texto), je pense à lui.
J’aimerais prier pour que ça dure, je ne sais pas prier. Je
vais juste tout faire pour le garder.
J’ai des envies d’avenir, d’avenir avec lui.
Sa retenue a du bon. Moi je crois que je l’aime, j’ai envie
de sourire, je ne sais plus trop comment c’est l’amour, ça fait bizarre.
03 novembre 2005 – Lisbonne – Praço do Commercio :
Sous une pluie fine, mais c’était prévu. Le soleil doit être
là demain.
Philippe n’a pas répondu à mon texto d’arrivée.
Je découvre. L’hôtel est un peu ringard mais sympa.
Fatiguée, j’ai peu dormi.
Aucune idée de mon programme, j’ai envie d’aviser sur
l’instant. Belem, le Barrio Alto, le Tage…
Plein de boutiques chics : maîtriser les frais !
Envie de trouver des trucs à rapporter à ses enfants.
Bizarrement, ses enfants ne me font pas peur. Ils m’enlèvent
juste le peu de moments d’intimité. Ces gestes si rares qu’ils sont des cadeaux.
Le retrouver libre le 10 ! Huit jours ce n’est rien dans une vie quand on
a attendu quelqu’un.
Lisboa, ouvre-toi à moi, engloutis-moi. Je ne veux penser
qu’a ici. Parenthèse. Vacances un peu impromptues.
L’après-midi, je suis allée dans un cyber café, il était
connecté sur MSN. Dialogue normal, juste un cœur à noter.
J’espère que demain le soleil sera là, car je ne peux
réfréner une certaine morosité liée à son manque.
04 novembre 2005 – Calcelhas (?) de l’autre côté du Tage :
Village typique, à deux minutes à vol d’oiseau de Lisbonne.
Ruelles, linge qui sèche, esprit méditerranéen. Puis une église bleue, une
maison en azulejos.
Un texto de Dom, mon fils au téléphone, Philippe dans ma
tête. L’appeler ce soir ?
Je fais des photos, toujours à ma façon, surtout les
détails.
Restaurant simple, les prix sont très raisonnables et les
portions copieuses.
Je m’habitue à l’orientation. Finalement je suis peut-être
douée pour ça.
Je ne sais pas si être seule au resto ou dans un bar pose
problème, en tous cas je m’en moque.
Par contre je n’entrave que dalle au portugais parlé, et
curieusement je n’ai pas envie de faire des efforts, contrairement à Istanbul.
Accro au net, toujours.
05 novembre 2005 – Praço da Figuera – Restaurant :
Finalement on fait plein de choses à pied. Hier un peu déçue
par le Barrio Alto, mais sans doute que je n’ai pas vu les bons coins.
Etonnant cette différence entre boutiques d’un autre âge et
centre commerciaux type Montréal.
Le métro est propre et je n’y ai jamais senti d’insécurité.
Pas de regards insistants.
Philippe hier soir au téléphone, apparemment content de
m’entendre. Il dit peu mais ses preuves sont là. Demain le rappeler. Appeler
Laurent aussi, qui a fait signe par texto.
C’est samedi et il y a une atmosphère de vacances. La
température est idéale.
Aller vers l’Alfama. Voir les azulejos.
Même jour à 20h45 – Largo do Chiaro :
Je viens de manger un filet de bœuf, plus dessert et eau
minérale, le tout pour 15€, avec le pourboire.
J’ai pris le fameux 28 cet après-midi. Bondé, mais beau
parcours. Descente à l’Alfama, sans plan. Quartier de village, un peu délabré.
L’impression d’être regardée avec des yeux ronds avec mon appareil photo. Une
touriste, c’est ce que je suis.
Pas de programme en fait, ici c’est par hasard que l’on
découvre.
J’ai appelé Philippe en fin d’après-midi. J’ai peur de le
déranger, puis j’ai l’impression qu’il est content de m’entendre. Il est
discret sur ce qu’il ressent mais parle facilement de tout et de rien, pas
pressé de raccrocher. J’ai peur que le 10, jour de son divorce, soit un cap
difficile pour lui. Mais j’ai l’impression qu’après notre liberté sera plus
grande.
Je me demande quoi lui rapporter. Qu’est-ce qu’il est arrivé
vite et fort dans ma vie.
J’ai eu Laurent au téléphone, il est gentil, que
faire ?
06 novembre 2005 :
Salon de thé à la fois chic et bruyant où l’on peut manger
et boire pour 3,50€. Les prix sont vraiment étonnants.
Journée un peu longue, déçue par Belem. Je m’attendais à un
vieux quartier, mais c’est neuf et moderne. La tour de Belem : pourquoi
tant de pub ? Elle est petite, et puis les vieilles pierres et moi…
En fait 3 jours ici ça serait parfait, ce n’est pas bien
grand. Sans doute parce que je suis pressée de rentrer. Mais s’il fait ce temps
je déambulerais encore 2 jours sans problème.
Cette soif de « vivre les quartiers » que j’avais
à Montréal, à Istanbul, je la ressens moins.
Il me manque, envie de l’appeler, peur de le déranger. Envie
d’avenir avec lui, mais peur de trop y croire. En tous cas il me tarde de le
voir.
Une heure plus tard : je l’ai eu, lui ai dit que j’aimais
l’entendre, il m’a dit que lui aussi.
07 novembre 2005 – 11h – Café avenue de la Libertade :
Il fait beau. Pas pu visiter le parc Edouard VI, des travaux
partout. C’est l’avenue des ambassades. Celle du Canada me nargue, juste en
face.
J’ai ri en voyant le pigeon sur la tête du Marquis de Pombal,
souvenir…
Je n’ai pas sorti l’appareil photo. Moments avec et moments
sans.
Magasins de grandes marques, sorte de petits Champs Elysées,
et prix plus abordables. J’ai vu des bottes Timberland superbes à 190€, mais c’est
mon budget pour finir le séjour.
Quelle différence avec l’Alfama ou le Barrio Alto. Lisbonne
est une ville moderne, avec une âme, et tournée vers l’avenir. Une belle ville.
Je limite le café, essayer d’être sereine. C’est le soir que
ça se gâte, vers l’heure du coup de fil. Celui d’hier m’a donné la pêche !
Tout me plait chez lui, envie de ses bras et de ses lèvres. Tout me plait chez
lui, quel raz de marée.
4 heures plus tard – plaça Dom Pedro :
Une terrasse au soleil pour le café avec une salade de
fruits.
Une jeune aveugle à côté, avec une amie. Savourer cette
chance de voir, de ne pas avoir de handicap. Un jeune couple français de l’autre
côté. Elle est enceinte, il lit un journal financier. Ils ont des problèmes d’opérateurs,
ils râlent : tu devrais appeler ta mère. Puis ne se parlent plus. Un baba
cool s’adresse au jeune couple : you speak english ? No ! puis à
moi. Il n’a pas d’argent, je lui donne 2€, il met la main sur son cœur.
On sent un pays qui a été pauvre. Quelques cireurs de
chaussures et autres petits boulots, un peu comme à Istanbul. Peu de mendiants,
seulement des vendeurs de choses et d’autres.
Puis la ville riche, les wonder boys avec leurs portables.
Costard. Les vieux portugais sont tirés à quatre épingles, le cheveu bien
plaqué.
Pas mal de touristes, mais pas en troupeaux. Des magasins
partout. Ce n’est ni très propre ni sale. Pas Montréal, pas Rome. Odeur de châtaignes
grillées. Des noirs mais pas de maghrébins, des gens typés amérindiens. Le Brésil
est très présent.
08 novembre 2005 – 11h30 – bar du Corte Ingles, les Galeries
Lafayette locales :
Dernier jour. Alternance de gris et de soleil, pluie
annoncée. Envie de bottes et de Lévis, me retenir. Trouver un jouet pour le
petit Charles.
C’est bien que ça soit le dernier jour. Je suis fatiguée, j’ai
mal dormi. Réveillée dans la nuit.
Hier soir, Philippe au téléphone. Il m’a dit « à demain »,
m’a passé Charles qui m’a fait un gros bisou.
Pourvu que ce qu’il ressent soit aussi fort que ce que je
ressens. Je suis troublée, il me manque vraiment. Envie de projets.
Epilogue : près de 21 ans après ce voyage, nous
sommes ensemble et heureux. Nous sommes allés deux fois à Lisbonne ensemble.
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