1 nov. 2026

Des parents, des enfants.

 

Un couple se sépare.

C’est de plus en plus fréquent hélas.

Ils ont eu un ou des enfants ensemble.

Que vont-ils faire pour les enfants :

-        Trouver une solution de garde en bonne intelligence, la solution qui soit la plus adaptée aux parents et surtout aux enfants ?

-        Se servir des enfants comme monnaie de chantage pour faire passer leurs intérêts avant ceux de ces enfants ?

La première solution est idéale, elle existe, il en existe de nombreux exemple.

Des enfants qui ont grandi en se sentant aimés des deux côtés, qui savent qu’en cas de problème leurs parents, même séparés, pourront trouver une solution au problème. Des enfants qui, certes, auraient préféré grandir avec leurs deux parents, mais qui s’adaptent à ce que l’on pense le meilleur pour eux, le principal étant de savoir que leurs parents les aiment.

La deuxième solution est hélas fréquente. L’aigreur de la séparation, savoir peut-être que l’on a été remplacé, avoir l’impression d’avoir été lésé, lésé d’amour, lésé de biens matériels.

On peut en vouloir à celui qui nous a quitté ou que l’on quitte, ne pas forcément se remettre en question sur qui a amené à ce résultat.

Et on peut garder ses aigreurs pour soi, faire en sorte que les enfants ne ressentent pas trop d’amertume entre leurs parents. Ou se servir des enfants comme instruments de vengeance. Des enfants qui n’ont pas demandé à venir au monde, qui n’ont pas demandé de ne pas grandir au milieu de parents unis, mais qui subissent une situation qu’on leur impose.

C’est tellement malléable un enfant, on peut si facilement lui faire du bien, on peut si facilement lui faire du mal. L’enfant a confiance en ses parents, il croit ses parents, il n’a pas encore la capacité de juger si l’un des deux ne cherche pas son bien en lui faisant du mal.

L’enfant croit qu’on l’aime, et dans 90% des cas, l’enfant est aimé de ses parents.

Et puis il y les cas où l’amour maternel, ou paternel, n’est pas au rendez-vous. Où l’enfant est plus un fardeau qu’une source de joie. Où l’on ne voit que ses mauvais côtés : il pleure, il demande de l’attention, il faut être présent pour lui, même quand on préfèrerait être ailleurs.

Alors on fait passer ses intérêts avant celui de l’enfant, sans mesurer les conséquences de ses actes, de ses paroles.

En règle générale, une fois que chacun des parents a trouvé son équilibre dans une nouvelle vie, a pu reconstruire quelque chose, cela s’apaise. L’enfant retrouve un équilibre au sein de ses « nouvelles familles ».

Et puis il y a les cas où la vengeance n’a pas de limite, ou l’aigreur ne s’adoucit jamais. Où l’on ne sait pas oublier, où l’on a besoin de faire sentir toujours sa présence auprès de celui que l’on a quitté il y a déjà un moment.

Et c’est par l’enfant que l’on reste présent auprès de l’autre, celui ou celle avec qui on ne vit plus depuis longtemps, mais qui a eu l’audace de retrouver du bonheur.

Et celui ou celle qui a permis à l’autre de retrouver le bonheur est « la personne à abattre », le rival ou la rivale, alors que l’amour est si loin. Mais reste un honneur bafoué, quand on fait passer son honneur avant d’autres choses.

Et là, on marque ses enfants pour la vie, en s’en servant de marionnettes qui diront ce qu’on veut leur faire dire. Et qui finalement croient ce qu’on leur fait dire. Croient que celui ou celle qu’ils ne voient plus est un horrible personnage, que son compagnon ou sa compagne est malfaisant.e.

A l’adolescence, au début de l’âge adulte, l’enfant cherche généralement à comprendre pourquoi il ne voit plus qu’une famille, la maternelle ou la paternelle. Il est pourtant fait du sang des deux, la moitié de ses gênes sont à un parent qu’il ne voit plus, que l’on a mis dans la case « malfaisant ».

Où il choisit la facilité. Finalement, il reste dans le camp qu’on lui a fait choisir. C’est sans doute plus confortable. Et s’il n’est pas bien dans sa peau, on peut trouver toutes les raisons à cela pour qu’il n’envisage pas que c’est ce manque qui est la cause du mal-être.

A partir de quel âge un enfant qui n’a pas été élevé par ses deux parents, ensemble ou séparément, peut-il envisager que son manque d’équilibre vient probablement de là ?

 

16 oct. 2026

Atelier d'écriture du 16 octobre 2026

 J'ai choisi comme titre de livre "Zones à défendre"

J'ai rédigé la quatrième de couverture:

Ce dépôt de déchets d’uranium, ils n’en veulent pas. Surtout pas.

Avec leurs faibles moyens face aux décisions administratives, ils décident rapidement de s’y opposer. Ils ne peuvent rester sans rien faire.

Ils sont jeunes et plein d’entrain, mais ils savent l’épaisseur du mur à abattre qui est face à eux.

Il leur faut s’organiser, ameuter du monde, trouver les bonnes méthodes pour aller contre cette décision.

C’est l’aventure de ce groupe de passionnés, sûrs, déterminés, que nous suivons, des balbutiements d’idées d’action à la confrontation physique puis judiciaire.

Et c’est l’espoir qu’ils font naître en nous qui nous emporte tout au long de leur aventure, aventure à laquelle nous prenons part à travers eux.


Premier extrait:

Une rumeur se répand dans la ville, nul ne sait qui l’a lancée. Est-ce vrai, est-ce faux ?

Il y aurait, parait-il, un projet de stockage de déchets d’uranium à la MAGECO, aux portes de la ville. Nous avons déjà les rejets des industries pétrochimiques qui rendent certains jours l’air irrespirable, qui pénètrent dans les poumons de nos enfants. Nous avons déjà cette décharge de toutes les ordures environnantes à quelques kilomètres à peine, qui oblige les moutons à aller paître plus loin. Notre ville ne peut pas accepter plus de désagréments.

Que savons-nous de ces déchets ? Bien sûr, on va nous dire que c’est sans danger, que ce sera enfoui profondément sous terre. Mais on sait que ces déchets ont une durée de vie quasi éternelles, et nous pensons aux générations futures.

Patrick, qui est très impliqué dans la vie politique et militante de la ville, ne supporte pas cette idée. L’idée que l’on vienne entacher encore un peu plus notre environnement. Il écrit une petite annonce dans le journal municipal pour savoir qui est prêt à se battre contre ce projet. Et bien sûr, il en parle à toutes les personnes impliquées dans la vie municipale qu’il croise.

Il n’est pas le seul à s’inquiéter, beaucoup sont prêts à le suivre s’il lance des moyens d’actions. Et des idées d’actions il en a plein la tête.

Une réunion est décidée avec les plus sensibilisés. Cela se passera chez lui, vienne qui voudra. Et le jour venu, nous sommes une quinzaine chez lui. Nous nous connaissons tous plus ou moins, c’est une petite ville. Les personnes qui sont là sont, pour la plupart, celles que l’on rencontre dans d’autres associations 

Patrick nous dit ce qu’il sait du projet, il nous partage sa volonté farouche de s’y opposer.

Pour l’occasion, il a mis un paperboard dans un coin de la pièce, et il écoute, il note, les idées qui commencent à fuser.

Il demande qui est prêt à s’impliquer à ses côtés, qui peut en parler dans son entourage. Il faut que nous soyons nombreux, que l’on représente une force.

Après quelques heures de discussions nourries, nous décidons de fixer une date pour nous revoir plus nombreux encore. Et nous avons comme tâche de trouver un nom à ce collectif dont nous sommes les prémices.


Deuxième extrait:

Des tas de branchages sont posés au pied de ce grand arbre majestueux qui domine la gare et les voies ferrées.

Nos deux acrobates, Jean et Claude, sont montés à mi-hauteur pour s’assurer que la vue y était dégagée et que cela pourrait être notre point d’observation.

Il faut maintenant y construire une cabane où l’on puisse rester quelques heures, à tour de rôle, pour surveiller les alentours.

Ils montent les branches entassées au pied de l’arbre. Ils ont fixé une corde pour pouvoir s’y accrocher en cas d’instabilité. Nous sommes quelques-uns à les aider, mais nous n’avons pas leur agilité.

Petit à petit la cabane prend forme. Un siège de fortune se fabrique, et il y aura même des coussins pour que les heures passées là soient presque confortables, pour peu que l’on ait un bon livre.

Il faut maintenant faire en sorte que tout le monde puisse y accéder, même les moins dégourdis. Car tous devront se relayer, du lever du jour à la tombée de la nuit, pas de temps mort !  Et ce sera fait, des marches sont bricolées pour pouvoir monter et descendre. Cela amuse beaucoup les enfants qui ont accompagné leurs parents. Un tour de garde est établi pour les deux jours à venir, et il en sera établi un nouveau tous les deux jours.

L’aventure, la vraie, la concrète, commence.


Troisième extrait:

Attendre, ne pas savoir jusqu’à quand. Que c’est pénible l’attente.

Seuls quelques-uns ont été autorisés à entrer dans la salle d’audience. Nous faisons donc le pied de grue dehors. Heureusement, il fait doux, le soleil nous chauffe. Nous essayons de discuter, mais notre tête est avec ceux qui sont à l’intérieur, l’impatience nous maintient tous dans un état de fébrilité. Des bonbons circulent, les fumeurs trompent l’angoisse avec une cigarette.

Attendre. Attendre.

La porte s’entre-baille. Va-t-on en savoir plus ? Des forces de l’ordre nous empêchent de nous rapprocher. Mais nous savons que nous serons bientôt fixés maintenant, ça bouge !

De l’extérieur, nous apercevons la silhouette de Patrick qui sort de la salle. Quelques journalistes sont là, ils sont les premiers à s’approcher de lui. Patrick arbore un grand sourire qui illumine son visage pourtant fatigué par l’énergie qu’il déploie depuis de si nombreuses semaines.

Nous avons compris : nous avons gagné !

Une clameur éclate, des passants, étonnés, s’approchent.

Nous nous prenons tous dans les bras les uns des autres, nous rions, nous pleurons, nous sommes heureux, qu’est-ce que nous sommes heureux !

Patrick nous rejoint. Il nous dit « les copains, on a gagné, nous les petits on a gagné ! »

Nous avisons un café à 20 mètres, nous décidons de nous y rendre tous. Le patron se demande quel est ce groupe qui a l’air si réjoui.

Nous demandons à nous servir de son téléphone pour avertir ceux qui n’ont pas pu être sur place. Il faut que ça se sache, au plus vite.

Et nous voilà, grande tablée d’adultes contents comme des enfants. Tout à notre joie.

Cette après-midi, elle valait la peine d’être vécue ! On le savait, il ne faut jamais baisser les bras.

 


3 oct. 2026

Atelier d'écriture du 2 octobre

 Pour Gaby:

Petit, tu faisais du vélo sur le petit muret qui surplombait la route. Le danger, tu ne le voyais pas, tu ne comprenais pas que l’on s’inquiète et que l’on refuse de te laisser t’amuser seul près du terrain de boules.

Plus grand, toujours avec ton vélo, tu franchissais des obstacles qui paraissaient infranchissables. Tu n’avais peur de rien.

Puis la passion de la navigation en eaux vives t’a pris. Tu es devenu responsable du club de rafting qui avait l’Aude comme terrain de jeu. Rien ne t’arrêtait, ni les éléments déchainés, ni les passages qui paraissaient infranchissables, toi tu les franchissais comme si tu avais été sur un lac paisible. Pour toi tout était possible, rien ne pouvait te freiner. Comme les normands d’Astérix, tu ne connaissais pas la peur, ou alors tu la surmontais sans rien laisser paraître.

Et la peur que pouvait éprouver ton entourage, tu ne la comprenais pas. Tout était normal pour toi.

Et tu t’es éteint dans ton lit, là où tu ne risquais rien, tellement trop jeune.


Le phare de l'impossible:

Cette île, je voulais te la faire découvrir, tellement je l’aimais.

Nous l’avons longée par le côté est et nous sommes arrivés tout au bout, là devant le phare, majestueux.

Nous étions hors saison, il n’y avait personne. La boutique de souvenirs était fermée. La personne à l’accueil nous a prévenus que le nombre de marches était important, nous avons hésité quelques secondes, puis nous avons décidé de les gravir.

Lentement, un peu essoufflés, nous sommes arrivés tout en haut, dans cette petite pièce où devait vivre le gardien, quand il y en avait encore un. Nous étions seuls, coupés du monde. La vue à couper le souffle, l’horizon à l’infini, des îlots comme des gros cailloux, des goélands qui font la course dans le ciel.

Tu m’as prise dans tes bras, là, devant cette petite fenêtre, seuls face à cette immensité. Si hauts que nous avions l’impression d’être inatteignables. Un moment suspendu, un moment de bonheur pur. De ces moments qui reste gravés à jamais dans un coin de mémoire.


Les cieux:

Quelques maisons étagées sur le flanc de la montagne.

Le clocher qui les dépasse un peu.

Le ciel, partout, qui entoure tout.

Le ciel d’un bleu presque indécent.

Le ciel voilé par une légère brume.

Le ciel transformé en coton duveteux et opaque.

Le ciel qui cache le Canigou.

Le ciel noir comme la nuit.

Le ciel transpercé d’éclairs fulgurants.

Le ciel qui annonce l’orage, cet orage que l’on craint autant que l’on l’attend.

Le ciel qui se déchire, qui éclate en trombes d’eau.

Le ciel qui s’apaise, qui a tout donné.

Le ciel qui retrouve un peu de son bleu par endroits.

Le ciel à nouveau bleu, entourant ces maisons de pierres.

Ce ciel qui fait de mon village le plus beau village du monde.


La part marquante:

Nous sommes 9 autour de la table. Nous fêtons le passage de décade d’Estelle.

Les lumières s’éteignent, un beau gâteau rose et blanc illuminé de bougies arrive dans les mains de Patrick. Le traditionnel Happy Birthday est chanté par toute l’assemblée.

Patrick se charge de découper ce beau gâteau qu’il est presque dommage d’abîmer.

Estelle est occupée à défaire tous ces paquets que l’on vient de lui remettre, tous plus soignés les uns que les autres. Selon leur contenu, son regard s’éclaire ou reste impassible.

Patrick sert les parts de gâteau, remplissant les assiettes qui se tendent vers lui.

Le plat est vide, tout le monde est servi, sauf Estelle. Patrick n’avait coupé que 8 parts.


14 juill. 2026

Une histoire banale du XXIème siècle

 

Pierre est un charmant professeur en BTS, grand, mince, il plait. Son allure et son humour plaisent.

Il a eu de nombreuses occasions mais se refuse à sortir avec une élève, il fait des déçues. Enfin, oui, il a eu une belle histoire avec l’une d’elle, mais l’histoire s’est mal terminée. La différence d’âge sans doute.

Très affecté par le décès de son père, long et douloureux, il a un passage à vide pendant lequel il est plus vulnérable.

Pénélope l’a remarqué depuis longtemps. Elle est assez enrobée, et pour qu’il la voit différemment elle va perdre quelques kilos. Elle n’est ni belle ni laide, elle a un visage dur avec un menton très carré. Mais quand elle sourit elle peut avoir un certain charme.

Pour une soirée d’anniversaire entre élèves, elle invite Pierre. Il refuse d’abord, fidèle à son principe. Mais l’insistance de Pénélope finira par porter ses fruits. Il n’est pas très gai, cette soirée peut lui apporter du réconfort.

Au cours de cette soirée, elle déploie tout son charme, ne le lâche pas d’une semelle, et sa drague un peu lourde porte ses fruits. Pierre se laisse embrasser, il accepte de la revoir hors cours. Elle a gagné.

Ils se revoient donc, de plus en plus souvent. Pénélope est fière de sa « capture » et Pierre éprouve finalement quelques sentiments pour elle. Elle comble un manque. Il a conscience que 15 années les séparent, mais elle lui ressasse que cela n’a aucune importance.

Pierre la présente à sa mère, les deux femmes ne s’apprécient pas. La mère de Pierre a du caractère, et elle sent les choses, elle sait que Pénélope n’est pas faite pour son fils.

A peine quelques mois après leur rencontre, lors de vacances au ski, Pénélope demande à Pierre pourquoi il ne la demande pas en mariage. Pierre n’est pas pressé, il veut se donner du temps pour être sûr de ses sentiments. Pénélope insiste, sa sœur se marie l’été suivant, ils pourraient grouper les deux mariages. Pierre finit par accepter.

Les parents de Pénélope sont heureux du choix de leur fille qui à priori jusque-là rencontrait   plutôt des garçons border line. Pierre a une bonne situation, il a l’air sérieux même s’il plaisante beaucoup.

Les futurs beaux-frères de Pierre le préviennent que Pénélope a un fichu caractère. Mais elle se présente sous son meilleur jour et Pierre ne voit que cette face-là.

Pierre achète une maison pour eux deux dans sa banlieue parisienne. Sa mère est âgée et malade, il ne veut pas s’en éloigner.

Les voilà donc mariés et chez eux. Le quotidien se passe plutôt bien, sauf quand Pénélope a sa mère au téléphone, ces appels sont toujours difficiles. Est-elle jalouse de sa mère ? Elle voue à son père, ancien cadre dirigeant, une admiration sans borne.

Pénélope rate son BTS, elle avait déjà eu du mal à obtenir son bac, au bout du 3ème essai.

Elle trouve un travail de petite main chez un opticien.

Moins d’un an après le mariage, elle est enceinte. Sur ce plan elle a enfin devancé ses deux sœurs aînées avec qui elle a toujours été en compétition. Elles ont réussi leurs études, ont des professions intéressantes, ce que Pénélope n’a pas.

A la rentrée 2000, Pierre a la désagréable surprise de trouver l’école fermée définitivement. Une école privée mal gérée qui a abouti à ce résultat désolant. Douche froide.

Paule va naître peu de temps après cette fâcheuse nouvelle. Pierre est heureux d’être enfin père, à 40 ans passés.

Pénélope révèle une absence d’instinct maternel, être mère ne la comble pas. De surcroit, la voilà épouse d’un chômeur…

Elle n’a plus qu’une idée en tête, se rapprocher de ses parents dans le sud.

Pierre envisage plutôt de déménager vers Bordeaux, la région parisienne lui convient de moins en moins. Mais c’est un gentil, il veut faire plaisir à sa femme, pensant qu’elle vivrait mieux sa maternité en Provence.   

Il vient donc passer quelques jours chez ses beaux-parents dans le but de trouver une maison. Il trouve rapidement une maison qui peut leur convenir, même si Pénélope déplore qu’il n’y ait pas de piscine. La maison est située à quelques kilomètres des parents de Pénélope.

L’achat se fait avec les deniers personnels de Pierre qui a perdu sa mère et a vendu la maison familiale avec ses frères, ainsi que leur maison de région parisienne.

Pénélope ne possède rien, et ses parents, bien que très aisés, ne l’aident pas financièrement. Pierre met toutefois la maison à leurs deux noms, même si elle n’a rien versé au pot commun.

Elle trouve rapidement un emploi chez un opticien, puis un autre, encore un autre. Pénélope n’est pas diplômée mais elle supporte mal la concurrence avec ses collègues de travail diplômé.es. Elle nourrit facilement des jalousies avec ses collègues femmes. Elle a besoin d’être admirée, flattée, et dans le cas contraire son comportement peut la rendre détestable.

Les dimanches se passent au bord de la piscine des parents en été, ou de toutes façons chez eux, en famille, avec les sœurs et beaux-frères. Pierre aimerait parfois faire autre chose de ses dimanches, mais on ne lui laisse guère le choix. Et Pénélope joue parfaitement la mère attentionnée dès qu’elle est en public.

La relation se distend, Pénélope boude souvent, semble éternellement insatisfaite. Pierre fait ce qu’il peut pour accéder à ses désirs, mais elle n’en exprime pas, des désirs, plus souvent des remontrances.

En 2003, un autre enfant est en route. Louis nait, Pénélope prend un congé de maternité. Toutefois, elle met quand même Paule à la crèche, et passe l’essentiel de son temps chez ses parents. Louis dort beaucoup dans la journée, et donc très peu la nuit. Et la nuit c’est Pierre qui doit se lever pour essayer de le calmer quand il pleure, de l’endormir.

Pierre a retrouvé du travail dans un domaine très différent, après une formation. Il accumule la fatigue. Pénélope rentre tard du travail, c’est lui qui les baigne, les fait manger, les couche.

Pénélope, après ses accouchements successifs, a repris des formes, trop de formes.

Puis un jour elle se met au régime, un régime draconien qui lui fait perdre des dizaines de kilos en très peu de temps.

Elle rentre de plus en plus tard, des erreurs de caisse… Les enfants dorment le plus souvent quand elle arrive. Elle s’absente le week-end sous prétexte d’aller soutenir une amie dépressive. Sa voiture accumule les kilomètres. Et Pierre assume les tâches domestiques et l’éducation des enfants. Il n’y a plus beaucoup d’échanges entre eux, elle n’est souriante que quand il y a des tierces personnes autour d’eux.

Cette union est devenue pesante pour Pierre, heureux d’être père, mais sans vie de couple comme il l’imaginait.

Il étend le linge et découvre avec surprise des strings, qui changent de ses culottes de femme ronde.

Début 2005, elle lui dit qu’elle veut divorcer, qu’elle veut vivre sa vie. Pierre accuse le coup et a surtout peur de ne plus voir ses enfants. Que nenni, elle lui laisse les enfants, et avec une joie certaine. Finalement c’est quelque part un soulagement pour lui. La situation n’était plus tenable, ses remarques, ses bouderies, et surtout ses absences devenues une habitude.

Elle ne part pas pour quelqu’un dit-elle. Le divorce est très vite engagé, elle est pressée de retrouver sa liberté.

Elle trouve un appartement et vient prendre dans la maison qui était familiale tout ce dont elle a besoin, y compris ce dont les enfants avaient besoin aussi. Elle est aidée par un homme brun, barbichu, qu’elle présente comme un copain.

Pierre change la serrure pour qu’elle cesse de venir se servir régulièrement dans la maison.

Le jugement de divorce, à l’amiable, donne la garde au père, avec les droits de visite habituels pour la mère. Droits qu’elle exerce assez peu. Elle prend éventuellement les enfants le dimanche pour un repas chez les grands-parents, puis les ramène.

Pierre jongle avec le temps, son travail, les enfants, il accuse le coup physiquement, perd des kilos, mais il est heureux de garder ses enfants.

Il garde un œil ouvert sur l’extérieur, il n’a pas envie d’être seul dans sa vie d’homme. Il rencontre quelques femmes, sans trouver celle qui déclenche l’envie de poursuivre avec elle.

Et puis une Edwige. Celle-là ne parait pas effrayée par les enfants, ou tout au moins ne laisse rien paraître. Pénélope était bien plus jeune que lui, Edwige plus âgée. Le courant passe bien avec les enfants, ils se plaisent. Edwige cherche à se rapprocher d’Aix pour son boulot, son fils jeune adulte va vivre sa vie de son côté. Il lui propose instantanément les clés de sa maison. Edwige n’est pas du genre à réfléchir des heures, après tout, où est le risque ? Elle s’installe donc chez lui, retrouve des gestes qu’elles n’avaient plus fait depuis une vingtaine d’année. Les enfants prennent beaucoup de place, mais l’amour qu’elle porte à leur père l’aide à tout supporter.

Pierre demande à Pénélope de respecter ses droits de visite, ils ont envie de moments à deux.

Mais l’arrivée d’Edwige provoque assez vite des remous. Pénélope, dont on sait maintenant qu’elle avait remplacé Pierre avant de le quitter, semble ne pas apprécier qu’une autre femme prenne sa place. Surtout que Pierre lui demande de ne plus rentrer dans la maison quand elle vient chercher les enfants, il lui fait comprendre que ce n’est plus sa maison, qu’elle n’a plus rien à y faire.

Les relations entre les ex se tendent de plus en plus, au point de ne plus arriver à communiquer. Edwige se charge d’accompagner les enfants à la voiture de leur mère, ou de les récupérer. Elle est souvent accompagnée de son barbichu.

Une procédure est lancée assez rapidement pour qu’elle récupère la garde des enfants. Procédure initiée par la grand-mère, Pénélope est toujours sous l’emprise de ses parents et ce sont eux qui lui dictent son attitude. Les enfants, elle n’en voulait pas. Mais quand même, une mère qui n’a pas la garde de ses enfants, cela fait très mauvais effet auprès de l’entourage.

Pierre est prêt à se battre pour les garder, mais la partie adverse utilise des armes délétères, elle se sert des enfants, leur inculque qu’Edwige est méchante. L’enquête familiale, l’expertise psychiatrique des parents, l’avocat pour enfants qui fait parler Paule, tout cet arsenal est très lourd, et au milieu se sont les enfants qui sont ballotés, qui en ont marre de cette guerre. Edwige devient ouvertement la personne à abattre. Pierre et Edwige sont épuisés, Pierre accède à la demande de la partie adverse.

Lorsqu’il appelle Pénélope pour lui dire qu’il est d’accord pour lui laisser les enfants, pour que tout ce cirque autour d’eux s’arrête, elle est muette au téléphone. Décroche péniblement un « d’accord ». Elle réalise qu’elle n’est plus dans le jeu que ses parents lui font jouer, qu’elle va avoir les enfants avec elle tout le temps, elle dont l’instinct maternel est en sommeil.

Edwige, de son côté, comprend la peine de son amoureux, mais respire aussi. Entre temps ils se sont mariés, sur la demande de Pierre. Il veut la protéger de la partie adverse et montrer que leur amour n’est pas qu’une passade.

Pénélope, en bonne marionnette, enchaîne les procédures : augmentation de la pension alimentaire, puis déchéance de l’autorité parentale, procédure qui échoue.

Il faut dire que Pierre n’aura pas pu exercer son droit de visite longtemps. On fait dire à Paule qu’Edwige est méchante, qu’elle la frappe, tout cela devant les gendarmes. On fait dire à Louis qu’il ne veut plus venir voir son père.

A partir de là, Pierre n’a de nouvelles de ses enfants que par les bulletins scolaires, les photos de classe. Il en souffre. Il sait que l’éducation donnée par la partie adverse n’est pas celle qu’il aurait souhaitée. Heureusement, Edwige, qui aime voyager, lui donne le goût des voyages, lui fait découvrir ce Canada qu’elle aime tant. Et des beaux voyages ils en font, préparant chaque année celui de l’année suivante.

Les enfants sont brillants à l’école, réussissent sans problème brevet, puis bac, et entament des études supérieures.

L’un après l’autre, ils sont majeurs. Le seul « contact » est le certificat de scolarité envoyé en début d’année pour continuer à percevoir la pension.

Puis Paule a un beau diplôme, Louis aussi. Pierre est cette fois à l’initiative d’une procédure pour cesser de verser des pensions alimentaires à des enfants qui sont devenus des inconnus, qui ont officiellement pris le nom de famille de leur mère.

La mère n’ira pas au bout de la procédure, elle serait obligée de donner des explications, des justificatifs. Et puis entre temps elle a eu un autre enfant, un autre divorce. Fatiguée des échecs sans doute.

Edwige et Pierre vivent une vie de couple harmonieuse, profitent de leur retraite. Bien sûr, Pierre a un manque qu’il aura toujours.

Mais surtout, cette histoire triste aura fait deux malheureux : Paule et Louis, à qui on a inculqué une histoire bien différente, en noircissant le parent qu’ils ne voient plus et en leur masquant les jugements favorables à Pierre. L’absence du père, il la traineront pour le restant de leurs jours.

 

1 juin 2026

En chemin je laisse

 

En chemin je laisse tout ce que je voudrais oublier, tout ce que j’ai fait et que je n’aurais pas dû faire, et tout ce que je n’ai pas fait et que j’aurais dû faire.

En chemin je laisse des amitiés perdues, la plupart de mon fait, mais où les explications ont manquées.

En chemin je laisse cette peine que j’ai faite à un des meilleurs hommes que j’ai connu, à qui je n’ai rien de tangible à reprocher.

En chemin je laisse des souvenirs que je ne veux pas garder, et qu’heureusement mon esprit estompe doucement, toutes ces choses qui, avec le recul, n’auraient jamais dû faire partie de ma vie.

En chemin je laisse ces kilos, qui m’ont manqué jeune, qui m’ont pesé ensuite, que je veux perdre et ne jamais revoir. Et cette culpabilité de ne m’être pas assez bougée pour les perdre.

En chemin je laisse ma mauvaise conscience pour avoir eu un morceau de vie hors norme, décousue, sans barrière, sans limite. Et je suis reconnaissante à la vie de m’avoir protégée quand j’ai pris des risques.

En chemin je laisse la culpabilité d’avoir quelquefois mis mon fils au second plan, de n’avoir toujours ressenti ce que je ressens maintenant : qu’il est ce qu’il y a de plus cher dans ma vie, que j’ai l’impression que s’il n’était plus là ma vie ne vaudrait plus la peine d’être vécue.

En chemin je laisse cette culpabilité que j’ai eue vis-à-vis de maman, cette difficulté que j’ai eue à accepter qu’elle ne soit plus ce qu’elle était.

En chemin je laisse cette rancœur vis-à-vis de personnes militantes qui n’ont pas la même idée du militantisme que moi, et la souffrance que j’ai ressentie quand on m’a fait comprendre que « je l’ouvrais trop ». Parce que je ne regrette pas d’avoir exprimé ce que je pensais et qui ne plaisait pas.

En chemin je laisse cette angoisse qui m’est chevillée au corps dès que ce que j’attends n’arrive pas, dès que ceux que j’attends n’arrivent pas.

En chemin je laisse cette sensation de paresse que j’ai toujours ressentie, de procrastination, de choses commencées puis arrêtées, laissées dans un coin. Comme ce livre que j’ai envie d’écrire depuis des années et qui ne voit pas le jour.

Et en chemin je prends la chance qui m’a accompagnée, la chance d’avoir eu des parents aimants.

La chance d’avoir connu un homme bon qui m’a aimée, et avec qui j’ai fait un fils dont les qualités dépassent mes espérances. Un fils qui me surprend encore et toujours par sa capacité à voir et à analyser les faits de la vie, par sa capacité à avoir envie de changer ce monde.

La chance d’avoir eu une santé qui m’a permis de faire à peu près ce que je voulais.

La chance d’avoir voyagé, d’avoir vu tellement de belles choses, d’avoir côtoyé des cultures différentes qui m’ont fait réfléchir à la mienne.

La chance d’avoir des amis, des Amis avec un grand A, qui ont été là quand j’ai eu besoin d’être entourée, qui sont là pour les bons moments partagés.

La chance d’avoir rencontré un homme que j’ai pu aimer autant que j’ai aimé le père de mon fils, que j’aime toujours et qui m’aime et me le prouve tous les jours.

La chance d’avoir un toit, de savoir que je pourrai manger demain et les jours qui viennent, de ne pas avoir à craindre d’être un jour dans la rue.