14 juill. 2026

Une histoire banale du XXIème siècle

 

Pierre est un charmant professeur en BTS, grand, mince, il plait. Son allure et son humour plaisent.

Il a eu de nombreuses occasions mais se refuse à sortir avec une élève, il fait des déçues. Enfin, oui, il a eu une belle histoire avec l’une d’elle, mais l’histoire s’est mal terminée. La différence d’âge sans doute.

Très affecté par le décès de son père, long et douloureux, il a un passage à vide pendant lequel il est plus vulnérable.

Pénélope l’a remarqué depuis longtemps. Elle est assez enrobée, et pour qu’il la voit différemment elle va perdre quelques kilos. Elle n’est ni belle ni laide, elle a un visage dur avec un menton très carré. Mais quand elle sourit elle peut avoir un certain charme.

Pour une soirée d’anniversaire entre élèves, elle invite Pierre. Il refuse d’abord, fidèle à son principe. Mais l’insistance de Pénélope finira par porter ses fruits. Il n’est pas très gai, cette soirée peut lui apporter du réconfort.

Au cours de cette soirée, elle déploie tout son charme, ne le lâche pas d’une semelle, et sa drague un peu lourde porte ses fruits. Pierre se laisse embrasser, il accepte de la revoir hors cours. Elle a gagné.

Ils se revoient donc, de plus en plus souvent. Pénélope est fière de sa « capture » et Pierre éprouve finalement quelques sentiments pour elle. Elle comble un manque. Il a conscience que 15 années les séparent, mais elle lui ressasse que cela n’a aucune importance.

Pierre la présente à sa mère, les deux femmes ne s’apprécient pas. La mère de Pierre a du caractère, et elle sent les choses, elle sait que Pénélope n’est pas faite pour son fils.

A peine quelques mois après leur rencontre, lors de vacances au ski, Pénélope demande à Pierre pourquoi il ne la demande pas en mariage. Pierre n’est pas pressé, il veut se donner du temps pour être sûr de ses sentiments. Pénélope insiste, sa sœur se marie l’été suivant, ils pourraient grouper les deux mariages. Pierre finit par accepter.

Les parents de Pénélope sont heureux du choix de leur fille qui à priori jusque-là rencontrait   plutôt des garçons border line. Pierre a une bonne situation, il a l’air sérieux même s’il plaisante beaucoup.

Les futurs beaux-frères de Pierre le préviennent que Pénélope a un fichu caractère. Mais elle se présente sous son meilleur jour et Pierre ne voit que cette face-là.

Pierre achète une maison pour eux deux dans sa banlieue parisienne. Sa mère est âgée et malade, il ne veut pas s’en éloigner.

Les voilà donc mariés et chez eux. Le quotidien se passe plutôt bien, sauf quand Pénélope a sa mère au téléphone, ces appels sont toujours difficiles. Est-elle jalouse de sa mère ? Elle voue à son père, ancien cadre dirigeant, une admiration sans borne.

Pénélope rate son BTS, elle avait déjà eu du mal à obtenir son bac, au bout du 3ème essai.

Elle trouve un travail de petite main chez un opticien.

Moins d’un an après le mariage, elle est enceinte. Sur ce plan elle a enfin devancé ses deux sœurs aînées avec qui elle a toujours été en compétition. Elles ont réussi leurs études, ont des professions intéressantes, ce que Pénélope n’a pas.

A la rentrée 2000, Pierre a la désagréable surprise de trouver l’école fermée définitivement. Une école privée mal gérée qui a abouti à ce résultat désolant. Douche froide.

Paule va naître peu de temps après cette fâcheuse nouvelle. Pierre est heureux d’être enfin père, à 40 ans passés.

Pénélope révèle une absence d’instinct maternel, être mère ne la comble pas. De surcroit, la voilà épouse d’un chômeur…

Elle n’a plus qu’une idée en tête, se rapprocher de ses parents dans le sud.

Pierre envisage plutôt de déménager vers Bordeaux, la région parisienne lui convient de moins en moins. Mais c’est un gentil, il veut faire plaisir à sa femme, pensant qu’elle vivrait mieux sa maternité en Provence.   

Il vient donc passer quelques jours chez ses beaux-parents dans le but de trouver une maison. Il trouve rapidement une maison qui peut leur convenir, même si Pénélope déplore qu’il n’y ait pas de piscine. La maison est située à quelques kilomètres des parents de Pénélope.

L’achat se fait avec les deniers personnels de Pierre qui a perdu sa mère et a vendu la maison familiale avec ses frères, ainsi que leur maison de région parisienne.

Pénélope ne possède rien, et ses parents, bien que très aisés, ne l’aident pas financièrement. Pierre met toutefois la maison à leurs deux noms, même si elle n’a rien versé au pot commun.

Elle trouve rapidement un emploi chez un opticien, puis un autre, encore un autre. Pénélope n’est pas diplômée mais elle supporte mal la concurrence avec ses collègues de travail diplômé.es. Elle nourrit facilement des jalousies avec ses collègues femmes. Elle a besoin d’être admirée, flattée, et dans le cas contraire son comportement peut la rendre détestable.

Les dimanches se passent au bord de la piscine des parents en été, ou de toutes façons chez eux, en famille, avec les sœurs et beaux-frères. Pierre aimerait parfois faire autre chose de ses dimanches, mais on ne lui laisse guère le choix. Et Pénélope joue parfaitement la mère attentionnée dès qu’elle est en public.

La relation se distend, Pénélope boude souvent, semble éternellement insatisfaite. Pierre fait ce qu’il peut pour accéder à ses désirs, mais elle n’en exprime pas, des désirs, plus souvent des remontrances.

En 2003, un autre enfant est en route. Louis nait, Pénélope prend un congé de maternité. Toutefois, elle met quand même Paule à la crèche, et passe l’essentiel de son temps chez ses parents. Louis dort beaucoup dans la journée, et donc très peu la nuit. Et la nuit c’est Pierre qui doit se lever pour essayer de le calmer quand il pleure, de l’endormir.

Pierre a retrouvé du travail dans un domaine très différent, après une formation. Il accumule la fatigue. Pénélope rentre tard du travail, c’est lui qui les baigne, les fait manger, les couche.

Pénélope, après ses accouchements successifs, a repris des formes, trop de formes.

Puis un jour elle se met au régime, un régime draconien qui lui fait perdre des dizaines de kilos en très peu de temps.

Elle rentre de plus en plus tard, des erreurs de caisse… Les enfants dorment le plus souvent quand elle arrive. Elle s’absente le week-end sous prétexte d’aller soutenir une amie dépressive. Sa voiture accumule les kilomètres. Et Pierre assume les tâches domestiques et l’éducation des enfants. Il n’y a plus beaucoup d’échanges entre eux, elle n’est souriante que quand il y a des tierces personnes autour d’eux.

Cette union est devenue pesante pour Pierre, heureux d’être père, mais sans vie de couple comme il l’imaginait.

Il étend le linge et découvre avec surprise des strings, qui changent de ses culottes de femme ronde.

Début 2005, elle lui dit qu’elle veut divorcer, qu’elle veut vivre sa vie. Pierre accuse le coup et a surtout peur de ne plus voir ses enfants. Que nenni, elle lui laisse les enfants, et avec une joie certaine. Finalement c’est quelque part un soulagement pour lui. La situation n’était plus tenable, ses remarques, ses bouderies, et surtout ses absences devenues une habitude.

Elle ne part pas pour quelqu’un dit-elle. Le divorce est très vite engagé, elle est pressée de retrouver sa liberté.

Elle trouve un appartement et vient prendre dans la maison qui était familiale tout ce dont elle a besoin, y compris ce dont les enfants avaient besoin aussi. Elle est aidée par un homme brun, barbichu, qu’elle présente comme un copain.

Pierre change la serrure pour qu’elle cesse de venir se servir régulièrement dans la maison.

Le jugement de divorce, à l’amiable, donne la garde au père, avec les droits de visite habituels pour la mère. Droits qu’elle exerce assez peu. Elle prend éventuellement les enfants le dimanche pour un repas chez les grands-parents, puis les ramène.

Pierre jongle avec le temps, son travail, les enfants, il accuse le coup physiquement, perd des kilos, mais il est heureux de garder ses enfants.

Il garde un œil ouvert sur l’extérieur, il n’a pas envie d’être seul dans sa vie d’homme. Il rencontre quelques femmes, sans trouver celle qui déclenche l’envie de poursuivre avec elle.

Et puis une Edwige. Celle-là ne parait pas effrayée par les enfants, ou tout au moins ne laisse rien paraître. Pénélope était bien plus jeune que lui, Edwige plus âgée. Le courant passe bien avec les enfants, ils se plaisent. Edwige cherche à se rapprocher d’Aix pour son boulot, son fils jeune adulte va vivre sa vie de son côté. Il lui propose instantanément les clés de sa maison. Edwige n’est pas du genre à réfléchir des heures, après tout, où est le risque ? Elle s’installe donc chez lui, retrouve des gestes qu’elles n’avaient plus fait depuis une vingtaine d’année. Les enfants prennent beaucoup de place, mais l’amour qu’elle porte à leur père l’aide à tout supporter.

Pierre demande à Pénélope de respecter ses droits de visite, ils ont envie de moments à deux.

Mais l’arrivée d’Edwige provoque assez vite des remous. Pénélope, dont on sait maintenant qu’elle avait remplacé Pierre avant de le quitter, semble ne pas apprécier qu’une autre femme prenne sa place. Surtout que Pierre lui demande de ne plus rentrer dans la maison quand elle vient chercher les enfants, il lui fait comprendre que ce n’est plus sa maison, qu’elle n’a plus rien à y faire.

Les relations entre les ex se tendent de plus en plus, au point de ne plus arriver à communiquer. Edwige se charge d’accompagner les enfants à la voiture de leur mère, ou de les récupérer. Elle est souvent accompagnée de son barbichu.

Une procédure est lancée assez rapidement pour qu’elle récupère la garde des enfants. Procédure initiée par la grand-mère, Pénélope est toujours sous l’emprise de ses parents et ce sont eux qui lui dictent son attitude. Les enfants, elle n’en voulait pas. Mais quand même, une mère qui n’a pas la garde de ses enfants, cela fait très mauvais effet auprès de l’entourage.

Pierre est prêt à se battre pour les garder, mais la partie adverse utilise des armes délétères, elle se sert des enfants, leur inculque qu’Edwige est méchante. L’enquête familiale, l’expertise psychiatrique des parents, l’avocat pour enfants qui fait parler Paule, tout cet arsenal est très lourd, et au milieu se sont les enfants qui sont ballotés, qui en ont marre de cette guerre. Edwige devient ouvertement la personne à abattre. Pierre et Edwige sont épuisés, Pierre accède à la demande de la partie adverse.

Lorsqu’il appelle Pénélope pour lui dire qu’il est d’accord pour lui laisser les enfants, pour que tout ce cirque autour d’eux s’arrête, elle est muette au téléphone. Décroche péniblement un « d’accord ». Elle réalise qu’elle n’est plus dans le jeu que ses parents lui font jouer, qu’elle va avoir les enfants avec elle tout le temps, elle dont l’instinct maternel est en sommeil.

Edwige, de son côté, comprend la peine de son amoureux, mais respire aussi. Entre temps ils se sont mariés, sur la demande de Pierre. Il veut la protéger de la partie adverse et montrer que leur amour n’est pas qu’une passade.

Pénélope, en bonne marionnette, enchaîne les procédures : augmentation de la pension alimentaire, puis déchéance de l’autorité parentale, procédure qui échoue.

Il faut dire que Pierre n’aura pas pu exercer son droit de visite longtemps. On fait dire à Paule qu’Edwige est méchante, qu’elle la frappe, tout cela devant les gendarmes. On fait dire à Louis qu’il ne veut plus venir voir son père.

A partir de là, Pierre n’a de nouvelles de ses enfants que par les bulletins scolaires, les photos de classe. Il en souffre. Il sait que l’éducation donnée par la partie adverse n’est pas celle qu’il aurait souhaitée. Heureusement, Edwige, qui aime voyager, lui donne le goût des voyages, lui fait découvrir ce Canada qu’elle aime tant. Et des beaux voyages ils en font, préparant chaque année celui de l’année suivante.

Les enfants sont brillants à l’école, réussissent sans problème brevet, puis bac, et entament des études supérieures.

L’un après l’autre, ils sont majeurs. Le seul « contact » est le certificat de scolarité envoyé en début d’année pour continuer à percevoir la pension.

Puis Paule a un beau diplôme, Louis aussi. Pierre est cette fois à l’initiative d’une procédure pour cesser de verser des pensions alimentaires à des enfants qui sont devenus des inconnus, qui ont officiellement pris le nom de famille de leur mère.

La mère n’ira pas au bout de la procédure, elle serait obligée de donner des explications, des justificatifs. Et puis entre temps elle a eu un autre enfant, un autre divorce. Fatiguée des échecs sans doute.

Edwige et Pierre vivent une vie de couple harmonieuse, profitent de leur retraite. Bien sûr, Pierre a un manque qu’il aura toujours.

Mais surtout, cette histoire triste aura fait deux malheureux : Paule et Louis, à qui on a inculqué une histoire bien différente, en noircissant le parent qu’ils ne voient plus et en leur masquant les jugements favorables à Pierre. L’absence du père, il la traineront pour le restant de leurs jours.

 

1 juin 2026

En chemin je laisse

 

En chemin je laisse tout ce que je voudrais oublier, tout ce que j’ai fait et que je n’aurais pas dû faire, et tout ce que je n’ai pas fait et que j’aurais dû faire.

En chemin je laisse des amitiés perdues, la plupart de mon fait, mais où les explications ont manquées.

En chemin je laisse cette peine que j’ai faite à un des meilleurs hommes que j’ai connu, à qui je n’ai rien de tangible à reprocher.

En chemin je laisse des souvenirs que je ne veux pas garder, et qu’heureusement mon esprit estompe doucement, toutes ces choses qui, avec le recul, n’auraient jamais dû faire partie de ma vie.

En chemin je laisse ces kilos, qui m’ont manqué jeune, qui m’ont pesé ensuite, que je veux perdre et ne jamais revoir. Et cette culpabilité de ne m’être pas assez bougée pour les perdre.

En chemin je laisse ma mauvaise conscience pour avoir eu un morceau de vie hors norme, décousue, sans barrière, sans limite. Et je suis reconnaissante à la vie de m’avoir protégée quand j’ai pris des risques.

En chemin je laisse la culpabilité d’avoir quelquefois mis mon fils au second plan, de n’avoir toujours ressenti ce que je ressens maintenant : qu’il est ce qu’il y a de plus cher dans ma vie, que j’ai l’impression que s’il n’était plus là ma vie ne vaudrait plus la peine d’être vécue.

En chemin je laisse cette culpabilité que j’ai eue vis-à-vis de maman, cette difficulté que j’ai eue à accepter qu’elle ne soit plus ce qu’elle était.

En chemin je laisse cette rancœur vis-à-vis de personnes militantes qui n’ont pas la même idée du militantisme que moi, et la souffrance que j’ai ressentie quand on m’a fait comprendre que « je l’ouvrais trop ». Parce que je ne regrette pas d’avoir exprimé ce que je pensais et qui ne plaisait pas.

En chemin je laisse cette angoisse qui m’est chevillée au corps dès que ce que j’attends n’arrive pas, dès que ceux que j’attends n’arrivent pas.

En chemin je laisse cette sensation de paresse que j’ai toujours ressentie, de procrastination, de choses commencées puis arrêtées, laissées dans un coin. Comme ce livre que j’ai envie d’écrire depuis des années et qui ne voit pas le jour.

Et en chemin je prends la chance qui m’a accompagnée, la chance d’avoir eu des parents aimants.

La chance d’avoir connu un homme bon qui m’a aimée, et avec qui j’ai fait un fils dont les qualités dépassent mes espérances. Un fils qui me surprend encore et toujours par sa capacité à voir et à analyser les faits de la vie, par sa capacité à avoir envie de changer ce monde.

La chance d’avoir eu une santé qui m’a permis de faire à peu près ce que je voulais.

La chance d’avoir voyagé, d’avoir vu tellement de belles choses, d’avoir côtoyé des cultures différentes qui m’ont fait réfléchir à la mienne.

La chance d’avoir des amis, des Amis avec un grand A, qui ont été là quand j’ai eu besoin d’être entourée, qui sont là pour les bons moments partagés.

La chance d’avoir rencontré un homme que j’ai pu aimer autant que j’ai aimé le père de mon fils, que j’aime toujours et qui m’aime et me le prouve tous les jours.

La chance d’avoir un toit, de savoir que je pourrai manger demain et les jours qui viennent, de ne pas avoir à craindre d’être un jour dans la rue.

 

 

25 mai 2026

 

Nouvelle écrite en atelier d’écriture, ayant des similitudes avec du vécu.

 

La dernière fois qu’on l’a vu, il repartait de chez nous en vélo. De toutes façons il est toujours à pied ou en vélo. Ils avaient fait une belle balade avec Jean, ils ont discuté de la prochaine qu’ils feraient ensemble, en buvant une bière bien fraîche.

La balade hebdomadaire en vélo était leur rituel aux beaux jours, et ils y étaient très attachés, surtout que lui devait être en forme pour faire, comme chaque année, le triathlon des Angles.

Nous nous contentions d’aller l’encourager, il faut dire qu’il avait quelques années de moins que Jean et qu’il pratiquait aussi d’autres Sport.

Dix ans jours pour jours qu’il a disparu, que nous sommes sans nouvelle de lui. Et ce n’est pas faute d’avoir cherché à en avoir. Nous avons interrogé toutes les connaissances communes, personne n’en savait plus que Nous.

Pourtant, un homme de parole comme lui, qui n’avait jamais manqué un rendez-vous, qui envoyait toujours des petits messages, comment peut-on se dissoudre ainsi dans l’inconnu ?

J’ai cru plusieurs fois le voir, ce n’était jamais lui. J’ai envoyé des mails qui sont toujours restés sans réponse. Chez lui, son nom était toujours sur la boîte aux lettres.

Je n’aime pas les mystères, encore moins ceux qui m’inquiètent. On peut tout imaginer. Mais si le pire était arrivé, nous l’aurions forcément Su.

Nous faisons le marché à Gardanne, avec Jean, quand Jean me dit : regarde, on dirait Laurent. Il a une casquette, des lunettes, je ne le reconnais pas vraiment. Il s’arrête au distributeur de billets. Je n’y tiens Pas, j’y vais. Jean ne bouge pas. Une fois à côté de lui, je dis : Laurent ? Il dit : C’est moi. Il enlève ses lunettes, oui, c’est bien lui. Un peu dégarni, le visage émacié. Il ne me regarde pas dans les yeux.

Je lui demande de me regarder dans les yeux. Qu’est-ce qu’il s’est passé Laurent ? qu’as-tu fais tout ce temps ? Tu nous as laissés dans une incompréhension totale, toi, sur qui l’on pouvait toujours compter. Je lis de la panique dans son regard, mais il ne refuse pas de me parler.

On ne revient pas comme ça, il faudrait que tu nous donnes des explications, si tu le veux bien. Il faudrait que tu nous dises ce qui s’est passé pendant toutes ces années. Tu sais, tu nous as inquiétés, tu nous as manqués.

Quand il a retiré ses billets du distributeur et qu’il les a rangés dans sa poche, je lui dis : Jean est là, tu veux le saluer ? il est allé vers lui, il lui a fait la bise, comme avant. Ce geste m’a profondément touchée, j’en avais les larmes aux yeux. Laurent a dit : il faut que je matérialise des choses, je vais le faire. Je lui ai dit : je compte sur toi, et surtout, à bientôt j’espère.

Nous sommes retournés à notre voiture, un peu sonnés, nous ne nous sommes rien dit pendant le trajet de retour. Jean a fini par moi demander : c’est bien Laurent que l’on a vu ? oui, je suis sûre que c’est lui, mais en même temps ce n’est plus le même. Son physique a changé, son regard a changé, mais sa voix n’a pas changée.

Je n’arrive plus à imaginer que nous avons partagé beaucoup de fous-rires ensemble, le Laurent que je viens de voir, je ne l’imagine pas rire. Il n’a plus la tête à rire. Il m’a touchée, il m’a peinée. Et le mystère reste entier, j’espère que nous en saurons plus rapidement. Il n’y a plus qu’à attendre.

Je me suis repassé en boucle notre bref échange, décortiquant les mots. Cela m’a obsédée pour le reste de la journée.

Cela ne nous a pas éclairés, juste rassurés. Il est toujours Là. Il a vieilli comme nous avons vieilli. Il a des choses à matérialiser, qu’est-ce que cela peut-être ?

Nous étions si proches que nous abordions tous les sujets ensemble, nous avons partagé tant de choses. Et puis il n’a plus partagé, il a préféré disparaître. Il y a donc forcément des évènements qui ont eu lieu, nous en parlera-t-il ? j’imagine toutes sortes de situations qui ont pu subvenir, travail, famille, santé ? Le Champ des Possibles est immense. Je suis tellement impatiente d’en savoir plus ! mais quand en saurons-nous En plus ? la patience ne fait pas partie de moi.

Quelques jours plus tard, il nous envoie un message pour nous demander s’il peut passer. Je m’empresse de lui répondre oui.

Il arrive quelques minutes plus tard, en vélo. Ce vélo était à Jean car Laurent faisait surtout du vélo de route, et avec Jean ils s’étaient mis au VTT. Jean qui avait deux VTT, lui en a passé un. Il rentre, il s’assoit là où il s’asseyait toujours, dans le fauteuil gris. Personne ne sait quoi dire, il finit par dire : je t’ai ramené ton vélo, je rentrerai en courant. Jean lui dit qu’il peut garder le vélo, et qu’il aimerait bien en refaire avec lui, il s’est ennuyé à se balader tout seul.

Laurent dit : je ne fais plus de vélo, j’ai tout arrêté. Il accepte une bière fraîche, comme avant. Mais il regarde sa montre. Il dit qu’il ne peut pas s’attarder. Je lui demande s’il va bien, il me dit : oui, ça va, mais il n’y a que de la résignation dans sa voix. Tout le monde fait semblant. Semblant d’être à l’aise, mais aucun de nous ne l’est. Je pose des questions banales : tu travailles toujours à Aix ? Comment vont tes enfants ? tu ne fais plus de triathlon ?

Oui, il travaille à Aix, et ses enfants, ça va, dit-il sans Entraîne. Mais, non, je ne fais plus de sport, ou le minimum. Je vais devoir y Aller, merci pour la bière. Nous lui disons : à bientôt, la porte est ouverte. Il acquiesce sans rien dire, le mystère qui plane autour de lui est épais, un grand brouillard insondable.

Où est passé le Laurent que l’on a connu, qui nous cuisinait de délicieuses paëllas quand nous étions entre amis, qui s’inquiétait de chacun de nous, qui était toujours prévenant ? celui-là, ce n’est plus celui que J’ai un connu. Il a du vivre des mauvais moments, il le porte sur lui. Mais se confiera-t-il un jour ?

Qu’il ait retrouvé le chemin de la maison nous fait très plaisir, nous avions tellement perdu espoir durant toutes ces années. Mais quand le reverra-t-on ?

Et nous envisageons des hypothèses. Il était très impliqué dans son travail, avec un poste à responsabilités. Peut-être y a-t-il eu un accroc dans sa carrière dont il ne se remet pas ?

Les relations avec ses enfants étaient compliquées, comme c’est souvent le cas quand les parents divorcent. Peut-être qu’il ne les voit plus, qu’ils ont choisi de s’éloigner de leur père ?

Il est maintenant marqué par l’âge, c’est sûr, en dix ans on vieillit, mais il semble avoir pris plus de dix ans. Il a peut-être eu un problème de santé qu’il l’a diminué ?

Quand le reverra-t-on ? quand nous lèvera t’il toutes ces interrogations ? mais surtout, est-ce qu’on le reverra ?

 

1 avr. 2026

Lisbonne 2005

 

Lisbonne – Novembre 2005

 

En avant-propos : j’avais rencontré Philippe quelques jours avant ce voyage réservé depuis longtemps. Je viens de retrouver ce journal de voyage.

 

02 novembre 2005 :

Demain Lisbonne.

Sans doute le départ le moins préparé de ma vie.

Philippe dans ma tête. Envie de voir Lisbonne. Mais une semaine sans lui.

Il pense à moi (il me l’a écrit par texto), je pense à lui.

J’aimerais prier pour que ça dure, je ne sais pas prier. Je vais juste tout faire pour le garder.

J’ai des envies d’avenir, d’avenir avec lui.

Sa retenue a du bon. Moi je crois que je l’aime, j’ai envie de sourire, je ne sais plus trop comment c’est l’amour, ça fait bizarre.

 

03 novembre 2005 – Lisbonne – Praço do Commercio :

Sous une pluie fine, mais c’était prévu. Le soleil doit être là demain.

Philippe n’a pas répondu à mon texto d’arrivée.

Je découvre. L’hôtel est un peu ringard mais sympa. Fatiguée, j’ai peu dormi.

Aucune idée de mon programme, j’ai envie d’aviser sur l’instant. Belem, le Barrio Alto, le Tage…

Plein de boutiques chics : maîtriser les frais ! Envie de trouver des trucs à rapporter à ses enfants.

Bizarrement, ses enfants ne me font pas peur. Ils m’enlèvent juste le peu de moments d’intimité. Ces gestes si rares qu’ils sont des cadeaux. Le retrouver libre le 10 ! Huit jours ce n’est rien dans une vie quand on a attendu quelqu’un.

Lisboa, ouvre-toi à moi, engloutis-moi. Je ne veux penser qu’a ici. Parenthèse. Vacances un peu impromptues.

L’après-midi, je suis allée dans un cyber café, il était connecté sur MSN. Dialogue normal, juste un cœur à noter.

J’espère que demain le soleil sera là, car je ne peux réfréner une certaine morosité liée à son manque.

 

04 novembre 2005 – Calcelhas (?) de l’autre côté du Tage :

Village typique, à deux minutes à vol d’oiseau de Lisbonne. Ruelles, linge qui sèche, esprit méditerranéen. Puis une église bleue, une maison en azulejos.

Un texto de Dom, mon fils au téléphone, Philippe dans ma tête. L’appeler ce soir ?

Je fais des photos, toujours à ma façon, surtout les détails.

Restaurant simple, les prix sont très raisonnables et les portions copieuses.

Je m’habitue à l’orientation. Finalement je suis peut-être douée pour ça.

Je ne sais pas si être seule au resto ou dans un bar pose problème, en tous cas je m’en moque.

Par contre je n’entrave que dalle au portugais parlé, et curieusement je n’ai pas envie de faire des efforts, contrairement à Istanbul.

Accro au net, toujours.

 

05 novembre 2005 – Praço da Figuera – Restaurant :

Finalement on fait plein de choses à pied. Hier un peu déçue par le Barrio Alto, mais sans doute que je n’ai pas vu les bons coins.

Etonnant cette différence entre boutiques d’un autre âge et centre commerciaux type Montréal.

Le métro est propre et je n’y ai jamais senti d’insécurité. Pas de regards insistants.

Philippe hier soir au téléphone, apparemment content de m’entendre. Il dit peu mais ses preuves sont là. Demain le rappeler. Appeler Laurent aussi, qui a fait signe par texto.

C’est samedi et il y a une atmosphère de vacances. La température est idéale.

Aller vers l’Alfama. Voir les azulejos.

 

Même jour à 20h45 – Largo do Chiaro :

Je viens de manger un filet de bœuf, plus dessert et eau minérale, le tout pour 15€, avec le pourboire.

J’ai pris le fameux 28 cet après-midi. Bondé, mais beau parcours. Descente à l’Alfama, sans plan. Quartier de village, un peu délabré. L’impression d’être regardée avec des yeux ronds avec mon appareil photo. Une touriste, c’est ce que je suis.

Pas de programme en fait, ici c’est par hasard que l’on découvre.

J’ai appelé Philippe en fin d’après-midi. J’ai peur de le déranger, puis j’ai l’impression qu’il est content de m’entendre. Il est discret sur ce qu’il ressent mais parle facilement de tout et de rien, pas pressé de raccrocher. J’ai peur que le 10, jour de son divorce, soit un cap difficile pour lui. Mais j’ai l’impression qu’après notre liberté sera plus grande.

Je me demande quoi lui rapporter. Qu’est-ce qu’il est arrivé vite et fort dans ma vie.

J’ai eu Laurent au téléphone, il est gentil, que faire ?

 

06 novembre 2005 :

Salon de thé à la fois chic et bruyant où l’on peut manger et boire pour 3,50€. Les prix sont vraiment étonnants.

Journée un peu longue, déçue par Belem. Je m’attendais à un vieux quartier, mais c’est neuf et moderne. La tour de Belem : pourquoi tant de pub ? Elle est petite, et puis les vieilles pierres et moi…

En fait 3 jours ici ça serait parfait, ce n’est pas bien grand. Sans doute parce que je suis pressée de rentrer. Mais s’il fait ce temps je déambulerais encore 2 jours sans problème.

Cette soif de « vivre les quartiers » que j’avais à Montréal, à Istanbul, je la ressens moins.

Il me manque, envie de l’appeler, peur de le déranger. Envie d’avenir avec lui, mais peur de trop y croire. En tous cas il me tarde de le voir.

 

Une heure plus tard : je l’ai eu, lui ai dit que j’aimais l’entendre, il m’a dit que lui aussi.

 

07 novembre 2005 – 11h – Café avenue de la Libertade :

Il fait beau. Pas pu visiter le parc Edouard VI, des travaux partout. C’est l’avenue des ambassades. Celle du Canada me nargue, juste en face.

J’ai ri en voyant le pigeon sur la tête du Marquis de Pombal, souvenir…

Je n’ai pas sorti l’appareil photo. Moments avec et moments sans.

Magasins de grandes marques, sorte de petits Champs Elysées, et prix plus abordables. J’ai vu des bottes Timberland superbes à 190€, mais c’est mon budget pour finir le séjour.

Quelle différence avec l’Alfama ou le Barrio Alto. Lisbonne est une ville moderne, avec une âme, et tournée vers l’avenir. Une belle ville.

Je limite le café, essayer d’être sereine. C’est le soir que ça se gâte, vers l’heure du coup de fil. Celui d’hier m’a donné la pêche ! Tout me plait chez lui, envie de ses bras et de ses lèvres. Tout me plait chez lui, quel raz de marée.

 

4 heures plus tard – plaça Dom Pedro :

Une terrasse au soleil pour le café avec une salade de fruits.

Une jeune aveugle à côté, avec une amie. Savourer cette chance de voir, de ne pas avoir de handicap. Un jeune couple français de l’autre côté. Elle est enceinte, il lit un journal financier. Ils ont des problèmes d’opérateurs, ils râlent : tu devrais appeler ta mère. Puis ne se parlent plus. Un baba cool s’adresse au jeune couple : you speak english ? No ! puis à moi. Il n’a pas d’argent, je lui donne 2€, il met la main sur son cœur.

On sent un pays qui a été pauvre. Quelques cireurs de chaussures et autres petits boulots, un peu comme à Istanbul. Peu de mendiants, seulement des vendeurs de choses et d’autres.

Puis la ville riche, les wonder boys avec leurs portables. Costard. Les vieux portugais sont tirés à quatre épingles, le cheveu bien plaqué.

Pas mal de touristes, mais pas en troupeaux. Des magasins partout. Ce n’est ni très propre ni sale. Pas Montréal, pas Rome. Odeur de châtaignes grillées. Des noirs mais pas de maghrébins, des gens typés amérindiens. Le Brésil est très présent.

 

08 novembre 2005 – 11h30 – bar du Corte Ingles, les Galeries Lafayette locales :

Dernier jour. Alternance de gris et de soleil, pluie annoncée. Envie de bottes et de Lévis, me retenir. Trouver un jouet pour le petit Charles.

C’est bien que ça soit le dernier jour. Je suis fatiguée, j’ai mal dormi. Réveillée dans la nuit.

Hier soir, Philippe au téléphone. Il m’a dit « à demain », m’a passé Charles qui m’a fait un gros bisou.

Pourvu que ce qu’il ressent soit aussi fort que ce que je ressens. Je suis troublée, il me manque vraiment. Envie de projets.

 

 

Epilogue : près de 21 ans après ce voyage, nous sommes ensemble et heureux. Nous sommes allés deux fois à Lisbonne ensemble.

 

 

 

 

 

 

7 févr. 2026

Dans le train

 

Le spectacle des derviches tourneurs m’a empli les yeux de joie, m’a emmené loin dans des pensées étranges, dans un tourbillon ininterrompu que je vais devoir faire cesser pour monter dignement dans cet Orient Express rêvé par lequel je quitte Istanbul, ville magique, pour regagner Paris, ville moderne.

20 heures. Je récupère mes nombreux bagages et je vais m’installer à la place 28, celle que j’ai réservée. Mes valises bien rangées, mon livre préféré à la main, je m’assois confortablement.

Je suis seul pour l’instant, en avance, comme toujours. Qui va venir m’entourer ?

Je regarde, aussi loin que mon regard peut me porter, cette ville que j’aime tant et que je quitte à regret. J’aperçois les minarets de la mosquée d’Eminönu, la tour de Galata. Je m’en imprègne.

L’arrivée d’une jeune dame me sort de ma rêverie contemplative. Nous nous saluons. Elle est élégante dans ses vêtements amples et colorés. Ses longs cheveux roux l’enveloppent, ses nombreux bijoux font un cliquetis qui l’accompagne à chaque mouvement. Elle n’a qu’un grand sac brodé et coloré. Elle s’installe en face de moi, et je m’en réjouis, le voyage sera agréable.

Arrivent deux messieurs habillés de gris, sans âge. Ils sont ensemble apparemment, et leur conversation en turc s’arrête à peine pour nous saluer. Ils ont chacun une grosse mallette noire.

Le train démarre doucement, je dis au revoir au Bosphore. Me voilà parti pour 76 heures de trajet.

Mon estomac se rappelle à moi et je me rapproche du wagon restaurant.

Mon dernier repas turc avant longtemps, après ce seront les brasseries parisiennes.

Autour de moi, les convives ont mis leurs tenues d’apparat pour le dîner. Mon jean élimé et mes baskets usés ne sont pas assortis au décor. Peu importe.

Je savoure ce repas au milieu d’un silence presque intimidant. Silence dont j’avais perdu l’habitude dans cette ville grouillante.

Mais le silence est rompu par un cri.

Etrange, ce cri, dont j’ignore la provenance et la raison. Tous les passagers attablés se figent, les têtes tournent dans tous les sens pour essayer de localiser ce qui ressemblait tout de même à un cri de détresse. Les fourchettes restent en l’air un long instant. Le serveur est impassible. A-t-il seulement entendu ?

Je termine mon repas, plein de questionnements.

Je savoure mon café « orta » après avoir laissé le marc se déposer. C’est toujours un exercice difficile que de porter la tasse aux lèvres en la bougeant le moins possible.

Un nouveau cri, plus étouffé, plus plaintif.

Après un nouveau mouvement suspendu, je me lève et me dirige vers mon compartiment, en silence, attentif à tout ce qui pourrait attirer mon attention, à tout ce qui pourrait m’éclairer sur la provenance de ces cris.

Je m’arrête discrètement à la porte de chaque compartiment, j’essaie de voir qui en sont les passagers. Des conversations à voix basse ou des gens qui font de grands gestes en parlant. Des passagers qui lisent, des passagers assoupis.

J’arrive à ma place 28. L’élégante jeune femme est là, elle semble ne pas avoir bougé. Les deux hommes discutent sans discontinuer.

Je demande à ma charmante vis-à-vis si elle a entendu quelque chose. Elle me dit non. Je comprends à son regard dans le vague qu’elle n’a pas envie de parler, qu’elle s’est créé une bulle.

J’essaie de me plonger dans mon livre. Il a beau me passionner habituellement, là je lis sans lire, mon esprit m’échappe. Je me remémore ces deux cris successifs. Je me lève pour arpenter les couloirs.

A l’extérieur, la nuit est tombée.

Je pense que nous avons quitté la Turquie, le paysage est montagneux, sommes-nous déjà en Roumanie ?

Les lumières du train sont tamisées pour favoriser le sommeil.

J’ai l’impression d’espionner les compartiments.

Je croise un homme qui doit être un contrôleur. Je lui demande s’il a entendu les cris. Il ne comprend pas le français. Je lui repose la question avec mon anglais très moyen, il a l’ai étonné. Non, il n’a rien entendu.

Le wagon restaurant est plein de nouvelles personnes. Aussi silencieuses que les précédentes. Je n’ose pas les déranger.

J’ai arpenté tout le train, que puis-je faire d’autre ? Oui, il y a bien quelques personnes, parmi les rares que je croise, qui peuvent paraître bizarres. Mais bizarre, c’est tellement subjectif. Il y a ceux qui regardent droit devant eux et ceux qui saluent. Ont-ils quelque chose à se reprocher ?

Je m’accoude régulièrement à la fenêtre. La lune est belle, elle me permet de distinguer l’extérieur. J’aperçois ces gares endormies qui ne voient plus que les passagers défilant dans les trains.

Peut-être verrais je le château de Dracula. Il doit bien être par là.

Je m’aperçois que la peur me gagne. Que des pensées noires envahissent mon cerveau. Je vais retourner m’assoir place 28, peut-être qu’elle me réconfortera.

Mais, bon sang, les gens qui dînaient autour de moi les ont bien entendu, ces cris ! Je n’ai pas rêvé.

Comment pourrais-je les retrouver pour les questionner ?

Bon, restons calme, je ne suis pas l’inspecteur Clouzot. Je dois passer à autre chose. Essayer de dormir peut-être.

La charmante jeune femme n’a pas bougé, elle a enlevé sa veste multicolore, elle est maintenant en chemise rouge. Les deux messieurs ont été gagnés par la fatigue, ils sont assoupis.

Il n’y a plus aucun bruit, que celui du train.

Si demain je peux avoir du réseau, je lirais les actualités. Peut-être aurais-je une explication.

Peut-être parlera t’on de l’Orient Express. Ou peut-être pas.