Pierre est un charmant professeur en BTS, grand, mince, il
plait. Son allure et son humour plaisent.
Il a eu de nombreuses occasions mais se refuse à sortir avec
une élève, il fait des déçues. Enfin, oui, il a eu une belle histoire avec
l’une d’elle, mais l’histoire s’est mal terminée. La différence d’âge sans
doute.
Très affecté par le décès de son père, long et douloureux,
il a un passage à vide pendant lequel il est plus vulnérable.
Pénélope l’a remarqué depuis longtemps. Elle est assez
enrobée, et pour qu’il la voit différemment elle va perdre quelques kilos. Elle
n’est ni belle ni laide, elle a un visage dur avec un menton très carré. Mais
quand elle sourit elle peut avoir un certain charme.
Pour une soirée d’anniversaire entre élèves, elle invite
Pierre. Il refuse d’abord, fidèle à son principe. Mais l’insistance de Pénélope
finira par porter ses fruits. Il n’est pas très gai, cette soirée peut lui
apporter du réconfort.
Au cours de cette soirée, elle déploie tout son charme, ne
le lâche pas d’une semelle, et sa drague un peu lourde porte ses fruits. Pierre
se laisse embrasser, il accepte de la revoir hors cours. Elle a gagné.
Ils se revoient donc, de plus en plus souvent. Pénélope est
fière de sa « capture » et Pierre éprouve finalement quelques
sentiments pour elle. Elle comble un manque. Il a conscience que 15 années les
séparent, mais elle lui ressasse que cela n’a aucune importance.
Pierre la présente à sa mère, les deux femmes ne
s’apprécient pas. La mère de Pierre a du caractère, et elle sent les choses,
elle sait que Pénélope n’est pas faite pour son fils.
A peine quelques mois après leur rencontre, lors de vacances
au ski, Pénélope demande à Pierre pourquoi il ne la demande pas en mariage.
Pierre n’est pas pressé, il veut se donner du temps pour être sûr de ses
sentiments. Pénélope insiste, sa sœur se marie l’été suivant, ils pourraient
grouper les deux mariages. Pierre finit par accepter.
Les parents de Pénélope sont heureux du choix de leur fille
qui à priori jusque-là rencontrait plutôt des garçons border line. Pierre a une
bonne situation, il a l’air sérieux même s’il plaisante beaucoup.
Les futurs beaux-frères de Pierre le préviennent que
Pénélope a un fichu caractère. Mais elle se présente sous son meilleur jour et
Pierre ne voit que cette face-là.
Pierre achète une maison pour eux deux dans sa banlieue
parisienne. Sa mère est âgée et malade, il ne veut pas s’en éloigner.
Les voilà donc mariés et chez eux. Le quotidien se passe
plutôt bien, sauf quand Pénélope a sa mère au téléphone, ces appels sont
toujours difficiles. Est-elle jalouse de sa mère ? Elle voue à son père, ancien
cadre dirigeant, une admiration sans borne.
Pénélope rate son BTS, elle avait déjà eu du mal à obtenir
son bac, au bout du 3ème essai.
Elle trouve un travail de petite main chez un opticien.
Moins d’un an après le mariage, elle est enceinte. Sur ce
plan elle a enfin devancé ses deux sœurs aînées avec qui elle a toujours été en
compétition. Elles ont réussi leurs études, ont des professions intéressantes,
ce que Pénélope n’a pas.
A la rentrée 2000, Pierre a la désagréable surprise de
trouver l’école fermée définitivement. Une école privée mal gérée qui a abouti
à ce résultat désolant. Douche froide.
Paule va naître peu de temps après cette fâcheuse nouvelle.
Pierre est heureux d’être enfin père, à 40 ans passés.
Pénélope révèle une absence d’instinct maternel, être mère
ne la comble pas. De surcroit, la voilà épouse d’un chômeur…
Elle n’a plus qu’une idée en tête, se rapprocher de ses
parents dans le sud.
Pierre envisage plutôt de déménager vers Bordeaux, la région
parisienne lui convient de moins en moins. Mais c’est un gentil, il veut faire
plaisir à sa femme, pensant qu’elle vivrait mieux sa maternité en Provence.
Il vient donc passer quelques jours chez ses beaux-parents
dans le but de trouver une maison. Il trouve rapidement une maison qui peut
leur convenir, même si Pénélope déplore qu’il n’y ait pas de piscine. La maison
est située à quelques kilomètres des parents de Pénélope.
L’achat se fait avec les deniers personnels de Pierre qui a
perdu sa mère et a vendu la maison familiale avec ses frères, ainsi que leur
maison de région parisienne.
Pénélope ne possède rien, et ses parents, bien que très
aisés, ne l’aident pas financièrement. Pierre met toutefois la maison à leurs
deux noms, même si elle n’a rien versé au pot commun.
Elle trouve rapidement un emploi chez un opticien, puis un
autre, encore un autre. Pénélope n’est pas diplômée mais elle supporte mal la
concurrence avec ses collègues de travail diplômé.es. Elle nourrit facilement
des jalousies avec ses collègues femmes. Elle a besoin d’être admirée, flattée,
et dans le cas contraire son comportement peut la rendre détestable.
Les dimanches se passent au bord de la piscine des parents
en été, ou de toutes façons chez eux, en famille, avec les sœurs et
beaux-frères. Pierre aimerait parfois faire autre chose de ses dimanches, mais on
ne lui laisse guère le choix. Et Pénélope joue parfaitement la mère
attentionnée dès qu’elle est en public.
La relation se distend, Pénélope boude souvent, semble
éternellement insatisfaite. Pierre fait ce qu’il peut pour accéder à ses
désirs, mais elle n’en exprime pas, des désirs, plus souvent des remontrances.
En 2003, un autre enfant est en route. Louis nait, Pénélope prend
un congé de maternité. Toutefois, elle met quand même Paule à la crèche, et
passe l’essentiel de son temps chez ses parents. Louis dort beaucoup dans la
journée, et donc très peu la nuit. Et la nuit c’est Pierre qui doit se lever
pour essayer de le calmer quand il pleure, de l’endormir.
Pierre a retrouvé du travail dans un domaine très différent,
après une formation. Il accumule la fatigue. Pénélope rentre tard du travail,
c’est lui qui les baigne, les fait manger, les couche.
Pénélope, après ses accouchements successifs, a repris des
formes, trop de formes.
Puis un jour elle se met au régime, un régime draconien qui
lui fait perdre des dizaines de kilos en très peu de temps.
Elle rentre de plus en plus tard, des erreurs de caisse… Les
enfants dorment le plus souvent quand elle arrive. Elle s’absente le week-end sous
prétexte d’aller soutenir une amie dépressive. Sa voiture accumule les
kilomètres. Et Pierre assume les tâches domestiques et l’éducation des enfants.
Il n’y a plus beaucoup d’échanges entre eux, elle n’est souriante que quand il
y a des tierces personnes autour d’eux.
Cette union est devenue pesante pour Pierre, heureux d’être
père, mais sans vie de couple comme il l’imaginait.
Il étend le linge et découvre avec surprise des strings, qui
changent de ses culottes de femme ronde.
Début 2005, elle lui dit qu’elle veut divorcer, qu’elle veut
vivre sa vie. Pierre accuse le coup et a surtout peur de ne plus voir ses
enfants. Que nenni, elle lui laisse les enfants, et avec une joie certaine.
Finalement c’est quelque part un soulagement pour lui. La situation n’était
plus tenable, ses remarques, ses bouderies, et surtout ses absences devenues
une habitude.
Elle ne part pas pour quelqu’un dit-elle. Le divorce est
très vite engagé, elle est pressée de retrouver sa liberté.
Elle trouve un appartement et vient prendre dans la maison
qui était familiale tout ce dont elle a besoin, y compris ce dont les enfants
avaient besoin aussi. Elle est aidée par un homme brun, barbichu, qu’elle
présente comme un copain.
Pierre change la serrure pour qu’elle cesse de venir se
servir régulièrement dans la maison.
Le jugement de divorce, à l’amiable, donne la garde au père,
avec les droits de visite habituels pour la mère. Droits qu’elle exerce assez
peu. Elle prend éventuellement les enfants le dimanche pour un repas chez les
grands-parents, puis les ramène.
Pierre jongle avec le temps, son travail, les enfants, il
accuse le coup physiquement, perd des kilos, mais il est heureux de garder ses
enfants.
Il garde un œil ouvert sur l’extérieur, il n’a pas envie
d’être seul dans sa vie d’homme. Il rencontre quelques femmes, sans trouver
celle qui déclenche l’envie de poursuivre avec elle.
Et puis une Edwige. Celle-là ne parait pas effrayée par les
enfants, ou tout au moins ne laisse rien paraître. Pénélope était bien plus
jeune que lui, Edwige plus âgée. Le courant passe bien avec les enfants, ils se
plaisent. Edwige cherche à se rapprocher d’Aix pour son boulot, son fils jeune adulte
va vivre sa vie de son côté. Il lui propose instantanément les clés de sa
maison. Edwige n’est pas du genre à réfléchir des heures, après tout, où est le
risque ? Elle s’installe donc chez lui, retrouve des gestes qu’elles
n’avaient plus fait depuis une vingtaine d’année. Les enfants prennent beaucoup
de place, mais l’amour qu’elle porte à leur père l’aide à tout supporter.
Pierre demande à Pénélope de respecter ses droits de visite,
ils ont envie de moments à deux.
Mais l’arrivée d’Edwige provoque assez vite des remous. Pénélope,
dont on sait maintenant qu’elle avait remplacé Pierre avant de le quitter,
semble ne pas apprécier qu’une autre femme prenne sa place. Surtout que Pierre
lui demande de ne plus rentrer dans la maison quand elle vient chercher les
enfants, il lui fait comprendre que ce n’est plus sa maison, qu’elle n’a plus
rien à y faire.
Les relations entre les ex se tendent de plus en plus, au
point de ne plus arriver à communiquer. Edwige se charge d’accompagner les
enfants à la voiture de leur mère, ou de les récupérer. Elle est souvent
accompagnée de son barbichu.
Une procédure est lancée assez rapidement pour qu’elle
récupère la garde des enfants. Procédure initiée par la grand-mère, Pénélope
est toujours sous l’emprise de ses parents et ce sont eux qui lui dictent son
attitude. Les enfants, elle n’en voulait pas. Mais quand même, une mère qui n’a
pas la garde de ses enfants, cela fait très mauvais effet auprès de
l’entourage.
Pierre est prêt à se battre pour les garder, mais la partie
adverse utilise des armes délétères, elle se sert des enfants, leur inculque
qu’Edwige est méchante. L’enquête familiale, l’expertise psychiatrique des
parents, l’avocat pour enfants qui fait parler Paule, tout cet arsenal est très
lourd, et au milieu se sont les enfants qui sont ballotés, qui en ont marre de
cette guerre. Edwige devient ouvertement la personne à abattre. Pierre et
Edwige sont épuisés, Pierre accède à la demande de la partie adverse.
Lorsqu’il appelle Pénélope pour lui dire qu’il est d’accord
pour lui laisser les enfants, pour que tout ce cirque autour d’eux s’arrête,
elle est muette au téléphone. Décroche péniblement un « d’accord ».
Elle réalise qu’elle n’est plus dans le jeu que ses parents lui font jouer,
qu’elle va avoir les enfants avec elle tout le temps, elle dont l’instinct
maternel est en sommeil.
Edwige, de son côté, comprend la peine de son amoureux, mais
respire aussi. Entre temps ils se sont mariés, sur la demande de Pierre. Il
veut la protéger de la partie adverse et montrer que leur amour n’est pas
qu’une passade.
Pénélope, en bonne marionnette, enchaîne les procédures :
augmentation de la pension alimentaire, puis déchéance de l’autorité parentale,
procédure qui échoue.
Il faut dire que Pierre n’aura pas pu exercer son droit de
visite longtemps. On fait dire à Paule qu’Edwige est méchante, qu’elle la
frappe, tout cela devant les gendarmes. On fait dire à Louis qu’il ne veut plus
venir voir son père.
A partir de là, Pierre n’a de nouvelles de ses enfants que
par les bulletins scolaires, les photos de classe. Il en souffre. Il sait que
l’éducation donnée par la partie adverse n’est pas celle qu’il aurait souhaitée.
Heureusement, Edwige, qui aime voyager, lui donne le goût des voyages, lui fait
découvrir ce Canada qu’elle aime tant. Et des beaux voyages ils en font,
préparant chaque année celui de l’année suivante.
Les enfants sont brillants à l’école, réussissent sans
problème brevet, puis bac, et entament des études supérieures.
L’un après l’autre, ils sont majeurs. Le seul
« contact » est le certificat de scolarité envoyé en début d’année
pour continuer à percevoir la pension.
Puis Paule a un beau diplôme, Louis aussi. Pierre est cette
fois à l’initiative d’une procédure pour cesser de verser des pensions
alimentaires à des enfants qui sont devenus des inconnus, qui ont
officiellement pris le nom de famille de leur mère.
La mère n’ira pas au bout de la procédure, elle serait
obligée de donner des explications, des justificatifs. Et puis entre temps elle
a eu un autre enfant, un autre divorce. Fatiguée des échecs sans doute.
Edwige et Pierre vivent une vie de couple harmonieuse,
profitent de leur retraite. Bien sûr, Pierre a un manque qu’il aura toujours.
Mais surtout, cette histoire triste aura fait deux
malheureux : Paule et Louis, à qui on a inculqué une histoire bien
différente, en noircissant le parent qu’ils ne voient plus et en leur masquant
les jugements favorables à Pierre. L’absence du père, il la traineront pour le
restant de leurs jours.
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