En chemin je laisse tout ce que
je voudrais oublier, tout ce que j’ai fait et que je n’aurais pas dû faire, et
tout ce que je n’ai pas fait et que j’aurais dû faire.
En chemin je laisse des amitiés
perdues, la plupart de mon fait, mais où les explications ont manquées.
En chemin je laisse cette peine
que j’ai faite à un des meilleurs hommes que j’ai connu, à qui je n’ai rien de
tangible à reprocher.
En chemin je laisse des souvenirs
que je ne veux pas garder, et qu’heureusement mon esprit estompe doucement,
toutes ces choses qui, avec le recul, n’auraient jamais dû faire partie de ma
vie.
En chemin je laisse ces kilos,
qui m’ont manqué jeune, qui m’ont pesé ensuite, que je veux perdre et ne jamais
revoir. Et cette culpabilité de ne m’être pas assez bougée pour les perdre.
En chemin je laisse ma mauvaise
conscience pour avoir eu un morceau de vie hors norme, décousue, sans barrière,
sans limite. Et je suis reconnaissante à la vie de m’avoir protégée quand j’ai
pris des risques.
En chemin je laisse la
culpabilité d’avoir quelquefois mis mon fils au second plan, de n’avoir
toujours ressenti ce que je ressens maintenant : qu’il est ce qu’il y a de
plus cher dans ma vie, que j’ai l’impression que s’il n’était plus là ma vie ne
vaudrait plus la peine d’être vécue.
En chemin je laisse cette
culpabilité que j’ai eue vis-à-vis de maman, cette difficulté que j’ai eue à
accepter qu’elle ne soit plus ce qu’elle était.
En chemin je laisse cette rancœur
vis-à-vis de personnes militantes qui n’ont pas la même idée du militantisme
que moi, et la souffrance que j’ai ressentie quand on m’a fait comprendre que « je
l’ouvrais trop ». Parce que je ne regrette pas d’avoir exprimé ce que je
pensais et qui ne plaisait pas.
En chemin je laisse cette
angoisse qui m’est chevillée au corps dès que ce que j’attends n’arrive pas,
dès que ceux que j’attends n’arrivent pas.
En chemin je laisse cette
sensation de paresse que j’ai toujours ressentie, de procrastination, de choses
commencées puis arrêtées, laissées dans un coin. Comme ce livre que j’ai envie
d’écrire depuis des années et qui ne voit pas le jour.
Et en chemin je prends la chance
qui m’a accompagnée, la chance d’avoir eu des parents aimants.
La chance d’avoir connu un homme
bon qui m’a aimée, et avec qui j’ai fait un fils dont les qualités dépassent
mes espérances. Un fils qui me surprend encore et toujours par sa capacité à
voir et à analyser les faits de la vie, par sa capacité à avoir envie de
changer ce monde.
La chance d’avoir eu une santé
qui m’a permis de faire à peu près ce que je voulais.
La chance d’avoir voyagé, d’avoir
vu tellement de belles choses, d’avoir côtoyé des cultures différentes qui
m’ont fait réfléchir à la mienne.
La chance d’avoir des amis, des
Amis avec un grand A, qui ont été là quand j’ai eu besoin d’être entourée, qui
sont là pour les bons moments partagés.
La chance d’avoir rencontré un
homme que j’ai pu aimer autant que j’ai aimé le père de mon fils, que j’aime
toujours et qui m’aime et me le prouve tous les jours.
La chance d’avoir un toit, de
savoir que je pourrai manger demain et les jours qui viennent, de ne pas avoir
à craindre d’être un jour dans la rue.
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