1 juin 2026

En chemin je laisse

 

En chemin je laisse tout ce que je voudrais oublier, tout ce que j’ai fait et que je n’aurais pas dû faire, et tout ce que je n’ai pas fait et que j’aurais dû faire.

En chemin je laisse des amitiés perdues, la plupart de mon fait, mais où les explications ont manquées.

En chemin je laisse cette peine que j’ai faite à un des meilleurs hommes que j’ai connu, à qui je n’ai rien de tangible à reprocher.

En chemin je laisse des souvenirs que je ne veux pas garder, et qu’heureusement mon esprit estompe doucement, toutes ces choses qui, avec le recul, n’auraient jamais dû faire partie de ma vie.

En chemin je laisse ces kilos, qui m’ont manqué jeune, qui m’ont pesé ensuite, que je veux perdre et ne jamais revoir. Et cette culpabilité de ne m’être pas assez bougée pour les perdre.

En chemin je laisse ma mauvaise conscience pour avoir eu un morceau de vie hors norme, décousue, sans barrière, sans limite. Et je suis reconnaissante à la vie de m’avoir protégée quand j’ai pris des risques.

En chemin je laisse la culpabilité d’avoir quelquefois mis mon fils au second plan, de n’avoir toujours ressenti ce que je ressens maintenant : qu’il est ce qu’il y a de plus cher dans ma vie, que j’ai l’impression que s’il n’était plus là ma vie ne vaudrait plus la peine d’être vécue.

En chemin je laisse cette culpabilité que j’ai eue vis-à-vis de maman, cette difficulté que j’ai eue à accepter qu’elle ne soit plus ce qu’elle était.

En chemin je laisse cette rancœur vis-à-vis de personnes militantes qui n’ont pas la même idée du militantisme que moi, et la souffrance que j’ai ressentie quand on m’a fait comprendre que « je l’ouvrais trop ». Parce que je ne regrette pas d’avoir exprimé ce que je pensais et qui ne plaisait pas.

En chemin je laisse cette angoisse qui m’est chevillée au corps dès que ce que j’attends n’arrive pas, dès que ceux que j’attends n’arrivent pas.

En chemin je laisse cette sensation de paresse que j’ai toujours ressentie, de procrastination, de choses commencées puis arrêtées, laissées dans un coin. Comme ce livre que j’ai envie d’écrire depuis des années et qui ne voit pas le jour.

Et en chemin je prends la chance qui m’a accompagnée, la chance d’avoir eu des parents aimants.

La chance d’avoir connu un homme bon qui m’a aimée, et avec qui j’ai fait un fils dont les qualités dépassent mes espérances. Un fils qui me surprend encore et toujours par sa capacité à voir et à analyser les faits de la vie, par sa capacité à avoir envie de changer ce monde.

La chance d’avoir eu une santé qui m’a permis de faire à peu près ce que je voulais.

La chance d’avoir voyagé, d’avoir vu tellement de belles choses, d’avoir côtoyé des cultures différentes qui m’ont fait réfléchir à la mienne.

La chance d’avoir des amis, des Amis avec un grand A, qui ont été là quand j’ai eu besoin d’être entourée, qui sont là pour les bons moments partagés.

La chance d’avoir rencontré un homme que j’ai pu aimer autant que j’ai aimé le père de mon fils, que j’aime toujours et qui m’aime et me le prouve tous les jours.

La chance d’avoir un toit, de savoir que je pourrai manger demain et les jours qui viennent, de ne pas avoir à craindre d’être un jour dans la rue.

 

 

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