25 mai 2026

 

Nouvelle écrite en atelier d’écriture, ayant des similitudes avec du vécu.

 

La dernière fois qu’on l’a vu, il repartait de chez nous en vélo. De toutes façons il est toujours à pied ou en vélo. Ils avaient fait une belle balade avec Jean, ils ont discuté de la prochaine qu’ils feraient ensemble, en buvant une bière bien fraîche.

La balade hebdomadaire en vélo était leur rituel aux beaux jours, et ils y étaient très attachés, surtout que lui devait être en forme pour faire, comme chaque année, le triathlon des Angles.

Nous nous contentions d’aller l’encourager, il faut dire qu’il avait quelques années de moins que Jean et qu’il pratiquait aussi d’autres Sport.

Dix ans jours pour jours qu’il a disparu, que nous sommes sans nouvelle de lui. Et ce n’est pas faute d’avoir cherché à en avoir. Nous avons interrogé toutes les connaissances communes, personne n’en savait plus que Nous.

Pourtant, un homme de parole comme lui, qui n’avait jamais manqué un rendez-vous, qui envoyait toujours des petits messages, comment peut-on se dissoudre ainsi dans l’inconnu ?

J’ai cru plusieurs fois le voir, ce n’était jamais lui. J’ai envoyé des mails qui sont toujours restés sans réponse. Chez lui, son nom était toujours sur la boîte aux lettres.

Je n’aime pas les mystères, encore moins ceux qui m’inquiètent. On peut tout imaginer. Mais si le pire était arrivé, nous l’aurions forcément Su.

Nous faisons le marché à Gardanne, avec Jean, quand Jean me dit : regarde, on dirait Laurent. Il a une casquette, des lunettes, je ne le reconnais pas vraiment. Il s’arrête au distributeur de billets. Je n’y tiens Pas, j’y vais. Jean ne bouge pas. Une fois à côté de lui, je dis : Laurent ? Il dit : C’est moi. Il enlève ses lunettes, oui, c’est bien lui. Un peu dégarni, le visage émacié. Il ne me regarde pas dans les yeux.

Je lui demande de me regarder dans les yeux. Qu’est-ce qu’il s’est passé Laurent ? qu’as-tu fais tout ce temps ? Tu nous as laissés dans une incompréhension totale, toi, sur qui l’on pouvait toujours compter. Je lis de la panique dans son regard, mais il ne refuse pas de me parler.

On ne revient pas comme ça, il faudrait que tu nous donnes des explications, si tu le veux bien. Il faudrait que tu nous dises ce qui s’est passé pendant toutes ces années. Tu sais, tu nous as inquiétés, tu nous as manqués.

Quand il a retiré ses billets du distributeur et qu’il les a rangés dans sa poche, je lui dis : Jean est là, tu veux le saluer ? il est allé vers lui, il lui a fait la bise, comme avant. Ce geste m’a profondément touchée, j’en avais les larmes aux yeux. Laurent a dit : il faut que je matérialise des choses, je vais le faire. Je lui ai dit : je compte sur toi, et surtout, à bientôt j’espère.

Nous sommes retournés à notre voiture, un peu sonnés, nous ne nous sommes rien dit pendant le trajet de retour. Jean a fini par moi demander : c’est bien Laurent que l’on a vu ? oui, je suis sûre que c’est lui, mais en même temps ce n’est plus le même. Son physique a changé, son regard a changé, mais sa voix n’a pas changée.

Je n’arrive plus à imaginer que nous avons partagé beaucoup de fous-rires ensemble, le Laurent que je viens de voir, je ne l’imagine pas rire. Il n’a plus la tête à rire. Il m’a touchée, il m’a peinée. Et le mystère reste entier, j’espère que nous en saurons plus rapidement. Il n’y a plus qu’à attendre.

Je me suis repassé en boucle notre bref échange, décortiquant les mots. Cela m’a obsédée pour le reste de la journée.

Cela ne nous a pas éclairés, juste rassurés. Il est toujours Là. Il a vieilli comme nous avons vieilli. Il a des choses à matérialiser, qu’est-ce que cela peut-être ?

Nous étions si proches que nous abordions tous les sujets ensemble, nous avons partagé tant de choses. Et puis il n’a plus partagé, il a préféré disparaître. Il y a donc forcément des évènements qui ont eu lieu, nous en parlera-t-il ? j’imagine toutes sortes de situations qui ont pu subvenir, travail, famille, santé ? Le Champ des Possibles est immense. Je suis tellement impatiente d’en savoir plus ! mais quand en saurons-nous En plus ? la patience ne fait pas partie de moi.

Quelques jours plus tard, il nous envoie un message pour nous demander s’il peut passer. Je m’empresse de lui répondre oui.

Il arrive quelques minutes plus tard, en vélo. Ce vélo était à Jean car Laurent faisait surtout du vélo de route, et avec Jean ils s’étaient mis au VTT. Jean qui avait deux VTT, lui en a passé un. Il rentre, il s’assoit là où il s’asseyait toujours, dans le fauteuil gris. Personne ne sait quoi dire, il finit par dire : je t’ai ramené ton vélo, je rentrerai en courant. Jean lui dit qu’il peut garder le vélo, et qu’il aimerait bien en refaire avec lui, il s’est ennuyé à se balader tout seul.

Laurent dit : je ne fais plus de vélo, j’ai tout arrêté. Il accepte une bière fraîche, comme avant. Mais il regarde sa montre. Il dit qu’il ne peut pas s’attarder. Je lui demande s’il va bien, il me dit : oui, ça va, mais il n’y a que de la résignation dans sa voix. Tout le monde fait semblant. Semblant d’être à l’aise, mais aucun de nous ne l’est. Je pose des questions banales : tu travailles toujours à Aix ? Comment vont tes enfants ? tu ne fais plus de triathlon ?

Oui, il travaille à Aix, et ses enfants, ça va, dit-il sans Entraîne. Mais, non, je ne fais plus de sport, ou le minimum. Je vais devoir y Aller, merci pour la bière. Nous lui disons : à bientôt, la porte est ouverte. Il acquiesce sans rien dire, le mystère qui plane autour de lui est épais, un grand brouillard insondable.

Où est passé le Laurent que l’on a connu, qui nous cuisinait de délicieuses paëllas quand nous étions entre amis, qui s’inquiétait de chacun de nous, qui était toujours prévenant ? celui-là, ce n’est plus celui que J’ai un connu. Il a du vivre des mauvais moments, il le porte sur lui. Mais se confiera-t-il un jour ?

Qu’il ait retrouvé le chemin de la maison nous fait très plaisir, nous avions tellement perdu espoir durant toutes ces années. Mais quand le reverra-t-on ?

Et nous envisageons des hypothèses. Il était très impliqué dans son travail, avec un poste à responsabilités. Peut-être y a-t-il eu un accroc dans sa carrière dont il ne se remet pas ?

Les relations avec ses enfants étaient compliquées, comme c’est souvent le cas quand les parents divorcent. Peut-être qu’il ne les voit plus, qu’ils ont choisi de s’éloigner de leur père ?

Il est maintenant marqué par l’âge, c’est sûr, en dix ans on vieillit, mais il semble avoir pris plus de dix ans. Il a peut-être eu un problème de santé qu’il l’a diminué ?

Quand le reverra-t-on ? quand nous lèvera t’il toutes ces interrogations ? mais surtout, est-ce qu’on le reverra ?

 

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