J'ai choisi comme titre de livre "Zones à défendre"
J'ai rédigé la quatrième de couverture:
Ce dépôt de déchets d’uranium, ils n’en veulent pas. Surtout
pas.
Avec leurs faibles moyens face aux décisions
administratives, ils décident rapidement de s’y opposer. Ils ne peuvent rester
sans rien faire.
Ils sont jeunes et plein d’entrain, mais ils savent l’épaisseur
du mur à abattre qui est face à eux.
Il leur faut s’organiser, ameuter du monde, trouver les
bonnes méthodes pour aller contre cette décision.
C’est l’aventure de ce groupe de passionnés, sûrs,
déterminés, que nous suivons, des balbutiements d’idées d’action à la
confrontation physique puis judiciaire.
Et c’est l’espoir qu’ils font naître en nous qui nous
emporte tout au long de leur aventure, aventure à laquelle nous prenons part à
travers eux.
Premier extrait:
Une rumeur se répand dans la ville, nul ne sait qui l’a
lancée. Est-ce vrai, est-ce faux ?
Il y aurait, parait-il, un projet de stockage de déchets
d’uranium à la MAGECO, aux portes de la ville. Nous avons déjà les rejets des
industries pétrochimiques qui rendent certains jours l’air irrespirable, qui
pénètrent dans les poumons de nos enfants. Nous avons déjà cette décharge de
toutes les ordures environnantes à quelques kilomètres à peine, qui oblige les
moutons à aller paître plus loin. Notre ville ne peut pas accepter plus de
désagréments.
Que savons-nous de ces déchets ? Bien sûr, on va nous
dire que c’est sans danger, que ce sera enfoui profondément sous terre. Mais on
sait que ces déchets ont une durée de vie quasi éternelles, et nous pensons aux
générations futures.
Patrick, qui est très impliqué dans la vie politique et
militante de la ville, ne supporte pas cette idée. L’idée que l’on vienne
entacher encore un peu plus notre environnement. Il écrit une petite annonce
dans le journal municipal pour savoir qui est prêt à se battre contre ce
projet. Et bien sûr, il en parle à toutes les personnes impliquées dans la vie
municipale qu’il croise.
Il n’est pas le seul à s’inquiéter, beaucoup sont prêts à le
suivre s’il lance des moyens d’actions. Et des idées d’actions il en a plein la
tête.
Une réunion est décidée avec les plus sensibilisés. Cela se
passera chez lui, vienne qui voudra. Et le jour venu, nous sommes une quinzaine
chez lui. Nous nous connaissons tous plus ou moins, c’est une petite ville. Les
personnes qui sont là sont, pour la plupart, celles que l’on rencontre dans
d’autres associations
Patrick nous dit ce qu’il sait du projet, il nous partage sa
volonté farouche de s’y opposer.
Pour l’occasion, il a mis un paperboard dans un coin de la
pièce, et il écoute, il note, les idées qui commencent à fuser.
Il demande qui est prêt à s’impliquer à ses côtés, qui peut
en parler dans son entourage. Il faut que nous soyons nombreux, que l’on
représente une force.
Après quelques heures de discussions nourries, nous décidons
de fixer une date pour nous revoir plus nombreux encore. Et nous avons comme
tâche de trouver un nom à ce collectif dont nous sommes les prémices.
Deuxième extrait:
Des tas de branchages sont posés au pied de ce grand arbre
majestueux qui domine la gare et les voies ferrées.
Nos deux acrobates, Jean et Claude, sont montés à mi-hauteur
pour s’assurer que la vue y était dégagée et que cela pourrait être notre point
d’observation.
Il faut maintenant y construire une cabane où l’on puisse
rester quelques heures, à tour de rôle, pour surveiller les alentours.
Ils montent les branches entassées au pied de l’arbre. Ils
ont fixé une corde pour pouvoir s’y accrocher en cas d’instabilité. Nous sommes
quelques-uns à les aider, mais nous n’avons pas leur agilité.
Petit à petit la cabane prend forme. Un siège de fortune se
fabrique, et il y aura même des coussins pour que les heures passées là soient
presque confortables, pour peu que l’on ait un bon livre.
Il faut maintenant faire en sorte que tout le monde puisse y
accéder, même les moins dégourdis. Car tous devront se relayer, du lever du
jour à la tombée de la nuit, pas de temps mort ! Et ce sera fait, des marches sont bricolées
pour pouvoir monter et descendre. Cela amuse beaucoup les enfants qui ont
accompagné leurs parents. Un tour de garde est établi pour les deux jours à
venir, et il en sera établi un nouveau tous les deux jours.
L’aventure, la vraie, la concrète, commence.
Troisième extrait:
Attendre, ne pas savoir jusqu’à quand. Que c’est pénible
l’attente.
Seuls quelques-uns ont été autorisés à entrer dans la salle
d’audience. Nous faisons donc le pied de grue dehors. Heureusement, il fait
doux, le soleil nous chauffe. Nous essayons de discuter, mais notre tête est
avec ceux qui sont à l’intérieur, l’impatience nous maintient tous dans un état
de fébrilité. Des bonbons circulent, les fumeurs trompent l’angoisse avec une
cigarette.
Attendre. Attendre.
La porte s’entre-baille. Va-t-on en savoir plus ? Des
forces de l’ordre nous empêchent de nous rapprocher. Mais nous savons que nous
serons bientôt fixés maintenant, ça bouge !
De l’extérieur, nous apercevons la silhouette de Patrick qui
sort de la salle. Quelques journalistes sont là, ils sont les premiers à
s’approcher de lui. Patrick arbore un grand sourire qui illumine son visage
pourtant fatigué par l’énergie qu’il déploie depuis de si nombreuses semaines.
Nous avons compris : nous avons gagné !
Une clameur éclate, des passants, étonnés, s’approchent.
Nous nous prenons tous dans les bras les uns des autres,
nous rions, nous pleurons, nous sommes heureux, qu’est-ce que nous sommes
heureux !
Patrick nous rejoint. Il nous dit « les copains, on a
gagné, nous les petits on a gagné ! »
Nous avisons un café à 20 mètres, nous décidons de nous y
rendre tous. Le patron se demande quel est ce groupe qui a l’air si réjoui.
Nous demandons à nous servir de son téléphone pour avertir
ceux qui n’ont pas pu être sur place. Il faut que ça se sache, au plus vite.
Et nous voilà, grande tablée d’adultes contents comme des
enfants. Tout à notre joie.
Cette après-midi, elle valait la peine d’être vécue !
On le savait, il ne faut jamais baisser les bras.
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