24 déc. 2020

Papa, maman...

 

Papa

Tu es parti le 17 août 2009.

Plutôt accidentellement, car, même si tu avais subi une lourde opération du cœur, tu pouvais vivre, et tu vivais, normalement.

Bon, les anticoagulants que tu prenais ont fait qu’une mauvaise chute s’est révélée fatale quelques semaines plus tard, un caillot de sang s’étant logé dans ton cerveau.

Tu as été opéré, et l’opération a semblé avoir donné de bons résultats.

Nos vacances, que nous avions retardées, nous les avons prises après que je t’ai vu rire dans ta chambre, dans cette clinique du bout de Marseille.

Nous sommes rentrés de vacances 3 jours plus tard, tu avais juste eu droit à un sursis.

Maman est toujours restée près de toi. Et quand j’ai entendu sa voix au téléphone, j’ai compris que notre espoir avait été de courte durée.

Nous arrivions à la clinique, maman, Joan, Philippe et moi, quand mon téléphone a sonné. C’était fini.

Joan et maman sont allés te voir, moi je ne l’ai pas souhaité, pour garder l’image de ton dernier sourire.

Tous tes proches étaient là pour te dire au revoir, ton petit-fils a lu un magnifique texte de sa composition.

Et voilà, maman était veuve.

J’appréhendais sa solitude, vous étiez tellement liés depuis plus de 50 ans.

Vous vous engueuliez, pour des broutilles ou des malentendus, vos mauvaises oreilles n’y étaient pas pour rien. Mais vous vous aimiez tant.

Je crois que pour tout votre entourage, vous étiez un couple parfait, et j’ai grandi au sein de ce couple aimant.

Maman a eu besoin de béquilles chimiques, pas facile de se réveiller seule, de faire seule ce que vous faisiez à deux.

Tu étais dans ses rêves et dans ses conversations.

Mais elle s’est accrochée et a retrouvé goût à la vie.

Elle qui était effacée, elle est allée vers les autres, dans les associations de 3ème âge de Pélissanne.

Nous l’emmenions dans ton pays, elle restait encore quelquefois seule dans sa maison natale où nous l’emmenions.

L’habitude s’était instaurée de se voir 1 à 2 fois par mois, le samedi, à Pélissanne, tous les 4.

Elle était heureuse de nous avoir là, elle se donnait toujours trop de peine pour que nous soyons contents. Et nous repartions chargés de victuailles.

Et un samedi, après l’avoir quittée, nous nous sommes dit, Joan, Philippe et moi, qu’elle avait l’air fatiguée.

Et depuis, tous les samedis ont été plus difficiles.

Maman n’était plus la femme active qu’elle était restée longtemps, son pas était lourd.

Sa maison n’était plus aussi bien rangée, malgré Julia qui venait toutes les semaines.

Sa mémoire a commencé à avoir des défaillances…

Equipée d’un dispositif d’alerte, elle s’est retrouvée plusieurs fois aux urgences après des chutes inexpliquées.

Nous n’avons plus voulu l’emmener dans sa maison natale pour l’y laisser. Trop loin de tout.

Cette maison, nous l’avons, en accord avec elle, vendue à des personnes qui en prennent grand soin et la font revivre.

Mais Costeplane reste toujours un sujet douloureux.

Puis, avec son accord, nous avons pris la décision de chercher une résidence senior à Aix, plus près.

Seule dans cette grande maison, au milieu d’un grand terrain, même avec des voisins bienveillants, ça n’était plus possible, pour sa sécurité, pour notre sérénité.

D’ailleurs, pendant nos vacances annuelles à l’étranger, elle avait expérimenté à deux reprises le court séjour en maison de retraite, à Grans. Elle appelait ça « sa colonie de vacances » et elle disait y être bien.

Nous avons visité ensemble, avec Joan, un appartement dans une de ses résidences. Cela lui a plu, même si elle trouvait que « c’était trop bien pour elle ».

Après beaucoup de recherches, de démarches, d’inscriptions sur des listes d’attente, un jour de septembre mon téléphone a sonné, nous étions en route vers la Fête de l’Huma avec Joan : un appartement était disponible pour novembre.

Avec Joan nous étions ravis, et en même temps remplis d’appréhension à l’idée de le lui annoncer.

Est-ce pour cela que le lendemain je suis tombée et me suis cassé le poignet, rendant la fin de notre séjour parisien un peu épique…

Nous lui avons annoncé, et nous avons senti un grand déséquilibre chez elle.

Oui, la sagesse c’était d’y aller, mais quitter sa maison…

Maman avait 2 mois pour préparer ce qu’elle voulait emporter comme affaires personnelles, nous nous occupions des meubles.

Je lui ai proposé plusieurs fois mon aide, elle n’en voulait pas.

Et au jour du déménagement rien n’était prêt. Si, des choses sans importance, à nos yeux, mais pas l’essentiel.

Le camion loué est parti, chargé de ses meubles. Nous le suivions toutes les deux.

Moment difficile.

Arrivés à Aix, des amis chers nous attendaient pour l’emménagement.

Nous avons d’abord déjeuné tous ensemble.

Maman était là sans y être, elle ne réalisait pas.

Nous avons installé ce qui était de première nécessité pour sa première nuit.

Mon amie Danièle est restée avec elle jusqu’à tard, si chère Danièle.

Nous avons fait des allers-retours Simiane/Aix, Pélissanne/Aix.

Il a fallu débarrasser la maison de Pélissanne.

Je crois que ça a été pour moi un des moments les plus pénibles de ma vie.

Heureusement que tous nos amis ont été là, nous ont aidés, ont mis de la gaieté. Que Philippe et Joan y ont mis tout leur cœur.

Maman aurait voulu que l’on garde tout.

Toute une maison de 130m2 plus garage et grenier, le tout plein à craquer.

Enfin, la maison a été vendue.

Enorme soupir de soulagement.

Surtout que la famille qui l’a faite sienne nous a dit plusieurs fois leur bonheur de vivre là. Il y a maintenant 3 enfants qui la remplissent de rires et de cris.

Maman est à Aix depuis plus d’un an.

Au début, malgré les distractions proposées par l’établissement, malgré nos visites nombreuses, tout tournait autour de Pélissanne.

Puis elle a pris conscience qu’elle était en sécurité.

Puis elle s’est faite une amie.

Maintenant elles sont inséparables.

Avant le re confinement, elle était toute contente de me dire, qu’elles étaient allées toutes les deux au cinéma, puis au restaurant où elles s’étaient même autorisées un peu de vin.

La mémoire de maman s’efface peu à peu pour le quotidien.

Je gère tous ses rendez-vous, l’y emmène.

Au téléphone elle me demande très souvent les mêmes choses.

Je répète, je répète… J’essaie de me dire que c’est normal… Que c’est la vie…

Maman a maintenant 89 ans, et quand j’entends des gens plus âgés discuter avec « toute leur tête », je me dis quelquefois que ce n’est pas juste.

Et, très souvent, cette question me taraude : si papa était toujours là, est-ce que les choses auraient été différentes ? Comment papa aurait vieilli ? Comment auraient-ils vieilli ensemble?

Je ne le saurai jamais.

Ce soir maman sera à la maison pour fêter Noël, avec son petit fils, sa fille et son gendre.

Elle voudra s’activer, s’occuper de ce qui se passe en cuisine, et Joan lui dira de se laisser porter.

Encore un Noël que nous pouvons passer ensemble.

Combien y en aura-t-il ?

Maman devient un souci de tous les jours, mais j’ai la chance de l’avoir encore.

Nos parents ont tout fait pour nous, nous sommes là pour eux.

C’est la vie.

La vie n’est pas facile tous les jours…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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